Adrian Wyld Adrian Wyld / La Presse Canadienne

L’utilisation des pesticides de la famille des néonicotinoïdes, qui serait l’une des raisons de l’effondrement des colonies d’abeilles, est maintenant interdite sur tout le territoire de l’île de Montréal à l’extérieur des bâtiments.

Le conseil municipal a adopté mardi ce nouveau règlement qui restreint l’utilisation de ces populaires pesticides, faisant suite à une motion du Vrai changement pour Montréal, devenant donc un chef de file en la matière au Québec.

Les néonicotinoïdes sont des pesticides utilisés principalement pour protéger les semences de maïs et de soya contre les parasites dans les zones agricoles. Mais ils sont aussi utilisés fréquemment pour le traitement des pelouses contre les vers blancs et également lors d’infestation d’insectes comme les araignées.

Mais l’impact négatif de ces pesticides sur la nature est important. «Santé Canada a reconnu que l’utilisation de ces pesticides de la famille des néonicotinoïdes pouvait être l’une des raisons de l’effondrement des colonies d’abeilles», alerte Jean-Patrick Toussaint, chef des projets scientifiques pour le Québec de la Fondation David Suzuki.

Ces pesticides auraient aussi un impact sur des écosystèmes complets, la faune et la flore. «Les oiseaux peuvent également ingérer ces pesticides lorsqu’ils sont répandus dans la nature, il peut y avoir une bioaccumulation dans d’autres organismes, dans des cours d’eau et le ¾ de ces pesticides peuvent se retrouver dans le sol et y rester», illustre M.Toussaint.

L’Association canadienne des médecins pour l’environnement soutient également que l’exposition aux néonicotinoïdes par des aliments et l’eau pourrait affecter le développement du cerveau humain et l’équilibre hormonal.

Au Canada, il y a plus d’une d’une centaine de pesticides faisant partie de la famille des néonicotinoïdes homologués. C’est la famille de pesticides la plus répandue, représentant 30% des insecticides utilisés à travers le monde, et 60% en agriculture.

Jusqu’à maintenant, à Montréal, l’utilisation et l’application de pesticides était interdites à l’extérieur des bâtiments. Toutefois, des cas d’exception permettaient toujours à des citoyens d’obtenir un permis dans le cas d’infestation de vers blancs sur leur pelouse pour traiter le problème à l’aide de pesticides de la famille des néonicotinoïdes. Ce nouveau règlement indertira maintenant de le faire. Avec cette nouvelle interdiction, les néonicotinoïdes sont complètement interdits à l’extérieur des bâtiments.

«C’est une excellente nouvelle. Montréal compte une grosse proportion de la population du Québec, c’est important de montrer le chemin, de prendre les devants», se réjouit Jean-Patrick Toussaint.

Espace pour la Vie aura toutefois droit à une exception. Le Jardin Botanique de Montréal pourra utiliser ces pesticides dans ses serres intérieures «en vue de préserver l’intégrité physique de ses collections», et ce, si aucune alternative n’est possible.

«Dans une serre, c’est un endroit plus contrôlé, ce sont des spécialistes qui utilisent les pesticides, donc on peut comprendre», explique M.Toussaint.

L’utilisation sera également interdite sur les terres agricoles à Montréal qui sont surtout concentrées dans l’arrondissement de l’Île-Bizard—Sainte-Geneviève. Ces secteurs agricoles sont majoritairement biologiques, indique la chef de Vrai changement pour Montréal, Justine McIntyre, ce qui ne devrait pas leur poser problème. Le maire de l’arrondissement de l’Île-Bizard, Normand Marinacci, se dit d’ailleurs heureux de cette nouvelle règlementation et fait même valoir que les arrondissements peuvent adopter individuellement des ordonnances plus sévères.

Faire pression sur Québec
Si peu de terres agricoles sont présentes à Montréal, c’est plutôt à l’extérieure de la métropole que l’utilisation des pesticides en milieu agricole pose problème.

Montréal s’est engagé à faire pression auprès du gouvernement du Québec pour mettre en place un plan d’action visant à bannir ou réduire considérablement l’usage des néonicotinoïdes au Québec. Une lettre du maire de Montréal, Denis Coderre, a été adressée au ministre de l’Environnement le 3 juillet 2015 demandant notamment d’interdire la vente de ces pesticides au Québec.

En novembre dernier, le ministère de l’Environnement du Québec annonçait une nouvelle stratégie québécoise sur les pesticides qui imposerait aux agriculteurs de se procurer une approbation à chaque fois qu’ils souhaitent faire l’utilisation des néonicotinoïdes. Un plan d’action devrait en découler.

La province suit ainsi son voisin l’Ontario qui, en 2014, a créé une nouvelle règlementation qui devrait réduire de 80% la surface des terres agricoles traitées avec les néonicotinoïdes.

«En espérant que ce premier règlement à Montréal fasse écho auprès du gouvernement du Québec», a déclaré Justine McIntyre qui souhaite que Québec aille plus loin que ce qu’il propose actuellement.

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