Graham Hughes Graham Hughes / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — La balle est dans le camp de l’Union européenne (UE) afin que l’accord de libre-échange conclu avec le Canada soit entériné, affirme l’envoyé spécial d’Ottawa dans ce dossier, Pierre Pettigrew.

Même si un vote des ministres européens du Commerce prévu ce mardi a été reporté, M. Pettigrew a continué de faire preuve d’optimisme lors d’un événement organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) auquel participaient également l’ex-premier ministre du Canada Brian Mulroney et l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest.

«La balle est vraiment dans le camp des Européens, a déclaré l’envoyé spécial canadien au cours d’une mêlée de presse. C’est entre eux qu’ils doivent régler ce problème.»

Selon M. Pettigrew, un vote pourrait avoir lieu dès jeudi alors que s’amorcera un sommet de deux jours réunissant les leaders des 28 pays membres l’UE concernés.

Le sort qui attend l’Accord économique et commercial global (AÉCG) demeure incertain puisque la Wallonie, une région francophone belge, s’y oppose. Elle craint que ses fermiers ne soient chassés du marché par des importations canadiennes peu dispendieuses. Elle redoute aussi que ses normes du travail soient rendues caduques.

Bien que la Belgique soit en faveur du traité de libre-échange, sa constitution stipule que l’accord doit aussi être approuvé par ses trois gouvernements régionaux — Flandre, Wallonie et Bruxelles-Capitale.

«Nous avons travaillé excessivement fort au cours des derniers mois pour se montrer rassurants (…) et j’espère que la Wallonie se sentira plus confortable», a expliqué M. Pettigrew.

Selon l’ex-ministre fédéral du Commerce et des Affaires étrangères, l’accord devant lier 35 millions de Canadiens et 500 millions d’Européens est «trop important» pour ne pas aboutir.

M. Pettigrew a expliqué que l’AÉCG était un cadre du 21e siècle qui pourrait inspirer l’UE lorsque viendra le temps de négocier d’autres accords de libre-échange dans l’avenir.

L’UE craint pour sa réputation et sa crédibilité si une entente d’une telle ampleur est sabordée par une seule région au sein d’un État membre.

De son côté, M. Mulroney a affirmé que les gouvernements du Canada et du Québec avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir afin d’apaiser les craintes des Européens à l’égard de l’accord de libre-échange, qui, à son avis, viendra gonfler de 20 milliards $ par année le produit intérieur brut canadien.

«Il est normal de rencontrer des écueils de temps à autre, a-t-il dit aux journalistes. Je ne crois pas que (la situation en Wallonie) fera dérailler une négociation aussi importante.»

M. Mulroney, qui a mené à bien la ratification d’un traité de libre-échange avec les États-Unis, estime qu’il est toujours possible d’apporter des modifications de dernière minute afin de rallier les opposants.

Pour sa part, l’ancien premier ministre québécois Jean Charest, qui ne s’est pas adressé aux journalistes, a martelé pendant son allocution que le Canada devait «persévérer» dans les négociations avec l’UE.

L’AÉCG prévoit notamment l’élimination de barrières tarifaires afin de réduire les entraves au commerce entre le Canada et l’Europe. Par contre, les pays européens soutiennent que l’entente permettrait de garantir les normes du travail, d’environnement et de protection sociale, qui sont très élevées en Europe. Or, le gouvernement wallon a estimé la semaine dernière que ces garanties ne sont pas suffisantes et il a exigé une nouvelle ronde de négociations.

Prudente dans ses commentaires, la ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, a dit à Ottawa demeurer «optimiste», ajoutant toutefois qu’il s’agissait d’une décision que les Européens devaient prendre.

«Le Canada a fait son travail, a-t-elle dit en mêlée de presse. Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir. Au bout du compte, c’est une décisions européenne.»

Le premier ministre Justin Trudeau est attendu à Bruxelles, en Belgique, le 27 octobre pour parapher l’entente si elle reçoit l’aval des pays signataires.

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