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Des chercheurs concluent que les nourrissons dans certaines régions de l’Arctique présentent des taux si élevés d’infections pulmonaires graves qu’il serait moins coûteux d’administrer un médicament à titre préventif à tous les nouveau-nés de cette région.

L’étude, publiée mardi dans le Journal de l’Association médicale canadienne, révèle ainsi que les bébés dans le nord du Québec (Nunavik) et dans l’ouest du Nunavut présentent des taux d’infections pulmonaires graves jamais observés jusqu’ici dans toute la littérature médicale. Selon la chercheure principale de l’étude, Anna Banerji, de l’Université de Toronto, ces taux dépassent ce que l’on peut observer ailleurs dans le monde — même en Afrique subsaharienne.

La docteure Banerji et ses collègues étudient depuis des années les infections respiratoires chez les nouveau-nés en Arctique, et les chercheurs savaient déjà que ces taux y étaient anormalement élevés. Mais les résultats de cette nouvelle étude, qui compare les taux dans différentes régions nordiques, ont surpris même la docteure Banerji par leur ampleur sans commune mesure.

Au Nunavik québécois, près de la moitié de tous les nourrissons nés en 2009 ont été plus tard hospitalisés pour une infection pulmonaire. Dans la partie ouest du Nunavut, ce taux d’hospitalisation est de plus de 40 pour cent, alors qu’il est de 24 pour cent dans l’ouest de la baie d’Hudson. De façon générale, le taux d’infections pulmonaires chez les nourrissons est 40 fois plus élevé dans l’Arctique que dans «le sud», indique la docteure Banerji.

Par ailleurs, non seulement les infections sont beaucoup plus fréquentes, mais elles sont aussi plus graves: l’étude relate les cas de bébés de moins de six mois qui séjournent des semaines aux soins intensifs, et qui doivent vivre ensuite avec des séquelles permanentes aux poumons. Certains nourrissons ont dû être ranimés in extremis, d’autres encore ont dû être opérés de toute urgence. Et d’autres en sont morts.

«Ces enfants sont terriblement, terriblement malades», soutient la docteure Banerji.

Les causes de ces infections sont bien connues: habitations surpeuplées, exposition à la fumée secondaire, nutrition déficiente. Et les infections pulmonaires sont souvent envenimées par d’autres infections comme la grippe. Par ailleurs, les Inuits pourraient être prédisposés génétiquement à ce type d’infections, suggère la docteure Banerji.

Mais en attendant de s’attaquer efficacement aux causes environnementales et sociales du phénomène, la Société canadienne de pédiatrie recommande d’administrer à tous les nourrissons du Nunavut un médicament appelé palivizumab, efficace pour prévenir ces infections.

Le territoire nordique ne le fait actuellement que pour les prématurés et les nourrissons qui présentent déjà des troubles pulmonaires ou cardiaques. Par ailleurs, le Nunavik a modifié récemment sa politique et administrera effectivement le médicament à tous les nouveau-nés.

Le traitement préventif au palivizumab coûte environ 6500 $ par enfant, mais selon la docteure Banerji, c’est beaucoup moins que les 36 000 $ qu’en coûte une hospitalisation — souvent dans le sud, pour les cas plus graves. Sans compter les souffrances physiques des nourrissons et les souffrances morales des proches.

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