Justin Tang Justin Tang / La Presse Canadienne

OTTAWA — Une pluie de critiques s’est abattue mercredi sur Justin Trudeau, qui a ouvert la porte à la possibilité de renoncer à sa promesse d’une réforme électorale d’importance.

Et plutôt que de rajuster le tir, le premier ministre est passé à l’offensive lorsqu’il a été interrogé sur cet enjeu en Chambre.

Dans une entrevue accordée au Devoir publiée mercredi, M. Trudeau laisse entendre qu’une réforme électorale majeure n’était peut-être plus dans sa ligne de mire.

Il avait pourtant promis l’an dernier que les élections générales de 2015 seraient les dernières menées selon le mode de scrutin uninominal à un tour.

Mais dans cette entrevue, il soutient que pour qu’il y ait un changement, «il faut que les gens soient ouverts à ça». Il prétend aussi que les citoyens avaient un fort appétit à changer le mode de scrutin lorsque Stephen Harper était au pouvoir. Selon lui, la motivation à changer de système électoral est «moins percutante» parce que les gens sont plus satisfaits des libéraux.

À la période de questions aux Communes, le chef néo-démocrate Thomas Mulcair lui a demandé si, oui ou non, il avait l’intention de maintenir sa promesse sur la réforme électorale. M. Trudeau lui a alors signalé qu’un comité avait été créé sur cet enjeu et que les libéraux allaient être «très attentifs» à ses conclusions.

Le premier ministre a ensuite haussé le ton, rappelant que M. Mulcair affirmait au printemps ne pas vouloir que les libéraux se servent de leur majorité pour dicter des changements sur la façon dont les électeurs votent au pays.

«Maintenant, il a changé d’avis, et veut que nous utilisions notre majorité pour imposer des changements électoraux. Dire une chose et son contraire est exactement pourquoi ce député a atterri dans ce siège (d’opposition) aux Communes», a-t-il envoyé.

Promesse brisée?

Selon M. Mulcair, M. Trudeau aurait adopté un nouveau discours sur la réforme électorale parce qu’il aurait découvert «les charmes» du mode de scrutin uninominal à un tour, maintenant que ça l’avantage.

«Moi, je me souviens, le même Justin Trudeau disait que le plus gros problème en politique canadienne, c’était le cynisme des gens, s’est-il rappelé. Qu’est-ce qu’il peut y avoir de plus cynique que de dire que le système était pourri quand ça a donné Stephen Harper avec 39 pour cent du vote, mais que le système va très bien quand ça donne Justin Trudeau avec 39 pour cent du vote.»

Les propos de M. Trudeau dans Le Devoir ont aussi fait bondir le chef intérimaire bloquiste Rhéal Fortin, qui trouve que M. Trudeau a une haute opinion de lui-même, comme si le fait qu’il ait remplacé M. Harper tenait lieu de réforme démocratique. «Disons que, comme on dit par chez nous, il ne se prend pas pour de la merde, M. Trudeau», a-t-il lancé à l’entrée d’une réunion de caucus.

Le député conservateur Gérard Deltell est allé dans le même sens, en qualifiant cet argument de «fallacieux» et de «burlesque».

«C’est incroyable de voir que, là, parce que ça fait son affaire, qu’il est au pouvoir, tout va bien, tiens, il change d’idée, a-t-il ironisé. C’est un comportement tout à fait indigne.»

Son collègue Michael Cooper est toutefois d’avis que les libéraux ont « peut-être enfin compris le message». Les conservateurs martèlent que pour qu’il y ait réforme électorale, le gouvernement devrait soumettre la question à la population par référendum.

Le député bloquiste Louis Plamondon a pour sa part rappelé qu’il n’y avait pas de consensus qui se dégageait entre les partis fédéraux sur le nouveau mode à adopter. Constatant que M. Trudeau avait «commencé déjà à patiner de reculons» sur cet enjeu, il ne croit pas qu’il y aura un nouveau système aux prochaines élections.

Un comité dont les membres sont issus de tous les partis se penche depuis plusieurs mois sur la réforme électorale. Les députés qui y siègent ont entendu le point de vue de professeurs et d’experts internationaux sur les avantages respectifs des modes de scrutins uninominal, préférentiel et proportionnel.

Le comité doit déposer son rapport début décembre. Son président, Francis Scarpaleggia, affirme que les travaux se poursuivent comme prévu.

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