Jacques Boissinot Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

QUÉBEC — La ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, a avoué mercredi son impuissance à convaincre son gouvernement à réinvestir massivement en santé mentale, notamment.

Elle a confirmé les propos rapportés par son homologue québécois, Gaétan Barrette. Ce dernier a fait part des confidences de Mme Philpott pour ensuite accuser le gouvernement Trudeau de faire passer ses intérêts politiques partisans avant le réinvestissement dans les soins de santé.

Selon M. Barrette, à la rencontre fédérale-provinciale des ministres de la Santé à Toronto cette semaine, elle aurait demandé à huis clos l’aide de ses collègues des provinces, car elle n’obtient pas gain de cause quand elle sollicite des fonds auprès de Justin Trudeau ou de son ministre des Finances, Bill Morneau.

Ces derniers ne verraient pas de gains politiques dans le fait d’investir davantage en santé mentale, a dit M. Barrette dans un point de presse en matinée, même si cet enjeu a été ciblé comme une priorité lors de la dernière campagne électorale fédérale en 2015.

«Derrière les portes closes, elle nous a dit: ‘Aidez-moi à nous aider. (…) Quand on va chez MM. Morneau et Trudeau, en santé mentale, la réponse est: où est mon gain politique?’ C’est une approche qui n’est pas la bonne.»

En d’autres mots, a résumé M. Barrette, il faudrait convaincre le gouvernement Trudeau du bien-fondé d’investir en santé mentale par calcul politique. Le ministre a dit qu’au contraire, il tentait de faire de la santé un enjeu qui n’est pas politisé.

Mais il espère mobiliser l’opinion publique, comme une arme dans son rapport de forces avec Ottawa, pour réprouver cette manoeuvre et presser le fédéral de décaisser des sommes supplémentaires.

«Ne trouvez-vous pas ça extraordinaire? Si aujourd’hui la population apprend qu’il y a un jeu d’intérêt politique, eh bien, la population jugera, parce que c’est ce qui se passe actuellement.»

La santé mentale, comme le maintien à domicile, est un secteur «aux besoins criants» qui requiert un investissement de 450 millions $, a estimé M. Barrette.

Pour sa part, Jane Philpott n’a pas démenti les déclarations de M. Barrette. En point de presse après la période de questions, elle a évoqué les exigences de son collègue, le ministre des Finances.

«Je leur ai dit: je ne peux pas demander au ministre des Finances de faire un chèque en blanc. S’il ne sait pas où ira l’argent, comment je peux lui demander d’élargir l’accès aux ressources? (…) Je leur ai dit: nous souhaitons vous aider, mais nous devons nous assurer que les fonds soient dépensés en santé.»

Rappelons que dans les négociations en cours, Québec demande à Ottawa une hausse annuelle de 6 pour cent des transferts fédéraux, comme c’est le cas actuellement, tandis que le gouvernement Trudeau veut fixer la hausse à 3 pour cent.

Or, à 3 pour cent par an de hausse des transferts fédéraux, le gouvernement Trudeau annonce rien de moins que le «déclin des services de santé», a martelé M. Barrette, tandis qu’à 6 pour cent, on permet à tout le moins le maintien des services, mais pas d’ajout.

De surcroît, le Québec exige des sommes supplémentaires en santé mentale et en maintien en domicile — des secteurs priorisés par Justin Trudeau d’ailleurs —, parce que tout est à développer dans ces secteurs, a argué M. Barrette.

Or, Ottawa ne propose actuellement que 1 milliard $ par an pendant trois ans en soins à domicile, de façon non récurrente, a déploré le ministre québécois.

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