MONTRÉAL — Le syndicat représentant les travailleurs d’usine de Bombardier Aéronautique a été complètement pris par surprise par l’annonce, vendredi, de nouvelles compressions de 7500 postes dans l’ensemble des divisions de la multinationale, dont 1500 au Québec d’ici deux ans.

«On ne s’attendait pas à cela, puisqu’on n’a même pas encore fini les mises à pied déjà annoncées en février», a indiqué le coordonnateur québécois de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale, David Chartrand, rappelant qu’il y a huit mois à peine, Bombardier annonçait la suppression de 7000 autres emplois, dont 2400 au Québec.

En entrevue avec La Presse canadienne, M. Chartrand s’est montré extrêmement frustré par le fait que la direction de l’entreprise était toujours incapable, vendredi matin, de préciser ses intentions.

«On est un peu perdus. Je me fais poser la question: on est rendus à combien? Les mises à pied de l’an passé sont-elles toutes finies? Mais je ne suis plus capable de suivre», a-t-il dit.

La situation est devenue intenable pour ses membres, a-t-il ajouté. «Ça crée une atmosphère de travail pourrie. Les 4500 personnes dans les usines qu’on représente se demandent toutes: est-ce que ça va être moi? Et ils en ont pour deux ans à s’inquiéter puisque les mises à pied seront étalées sur deux ans», a-t-il dit.

Bombardier a toutefois aussi annoncé l’embauche de 3700 personnes, notamment pour la fabrication des avions de la CSeries et des avions d’affaires Global 7000; le transfert de certains employés, notamment pour suivre l’augmentation de cadence de la production de la CSeries, était toutefois déjà amorcé, de sorte que le syndicat demeure dans le noir complet quant au nombre total réel de mises à pied et de transferts d’employés qui auront eu lieu en bout de ligne.

Couillard: nous avions raison

Le premier ministre Philippe Couillard, qui rencontrait son homologue ontarienne Kathleen Wynne à Toronto, vendredi, a affirmé que les événements, «pour des raisons malheureuses», prouvent que son gouvernement avait raison d’investir 1 milliard $ US dans la CSeries.

Selon lui, le fait que Bombardier annonce en même temps que les suppressions d’emplois une augmentation de la main-d’oeuvre pour la CSeries «confirme la légitimité et surtout les bons choix que nous avons faits à l’époque de ne pas investir dans la société-mère (Bombardier Aéronautique) mais plutôt dans la Série C».

Le porte-parole caquiste en matière d’économie, Alain Lamontagne, a pour sa part qualifié d’inacceptable le délai du gouvernement fédéral pour venir en aide à Bombardier, qui lui réclame aussi 1 milliard $. Sans aller jusqu’à blâmer le fédéral pour les nouvelles compressions, il estime tout de même qu’une intervention plus rapide aurait été salutaire.

«Bombardier annonce qu’il va aller chercher environ 300 millions $ d’économies. Si l’autre milliard $ était là, l’entreprise ne serait peut-être pas plus productive, mais elle aurait certainement moins de pression sur ses liquidités», a-t-il indiqué en entrevue téléphonique.

Ottawa reste sur sa position

De passage à Montréal, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, s’est montré résigné face à cette annonce, faisant valoir que, comme toute grande compagnie, Bombardier devait «s’ajuster pour demeurer compétitif».

M. Garneau a cependant donné l’assurance que l’annonce ne compromettait pas les discussions en vue d’une aide fédérale que lui réclame le géant du transport et que celle-ci était d’abord reliée au maintien du siège social, de la recherche et du développement et de la fabrication des appareils au Canada.

Marc Garneau a repris mot pour mot la déclaration, la semaine dernière, de son collègue au Développement économique, Navdeep Bains, à l’effet que ce n’était pas une question de «si» mais bien de «comment» son gouvernement viendrait en aide à l’avionneur.

À Ottawa, le ministre Bains a aussi maintenu cette position et a précisé que Bombardier ne faisait que poursuivre son plan de restructuration, annoncé depuis longtemps, et que le milliard de dollars demandé par Bombardier au gouvernement fédéral n’aurait eu aucun impact, selon lui, sur les compressions annoncées vendredi.

Le ministre Bains a même confié en avoir discuté avec le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, la veille. «La conversation que j’ai eue avec Alain et son équipe hier (jeudi) vise à regarder les occasions de croissance dans l’avenir pour Bombardier. (…) Ce n’est pas relié aux pertes d’emplois ici», a-t-il dit.

Pour sa part, le député conservateur de Richmond-Arthabaska, Alain Reyes, qui siège sur le comité permanent des transports, a laissé la porte ouverte à une éventuelle aide fédérale à Bombardier. «S’il doit y avoir une subvention ou une aide financière, qu’on trouve le meilleur moyen à ce moment-là pour que les Canadiens ne soient pas pénalisés et qu’on soutienne les emplois et les familles canadiennes», a-t-il déclaré aux Communes.

Le porte-parole néo-démocrate en matière de transport et député de Trois-Rivières, Robert Aubin, a de son côté été plus catégorique sur la nécessité de soutenir l’entreprise.

«C’est clair qu’à partir du moment où on répond à cet appel criant de Bombardier depuis des mois, on aide la structure de la compagnie», a-t-il déclaré.

Pas d’inquiétude à la Chambre de commerce

Le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, a reconnu que la situation était difficile pour les travailleurs, mais il a rappelé que Bombardier avait annoncé son plan de restructuration depuis un certain temps car la démarche était nécessaire.

Il a qualifié de «leurre» le fait, pour le gouvernement fédéral, d’insister sur les emplois dans ses négociations avec l’entreprise.

«On veut que Bombardier traverse cette période de turbulence et qu’il réussisse et non pas un Bombardier qui hésiterait à faire des mises à pied et qui mettrait en péril sa trésorerie et l’entreprise», a-t-il expliqué à La Presse canadienne en marge d’un dîner-conférence dans la métropole, rappelant que son modèle d’affaires l’exposait à la conjoncture.

«Quand les contrats sont là, quand les ententes sont signées, on embauche, on produit, et quand c’est un peu plus difficile, on a besoin de protéger notre trésorerie», a-t-il dit.

Aussi dans National :

blog comments powered by Disqus