ANTANANARIVO, Madagascar — Le Canada n’entend pas rester muet sur les sujets qui fâchent, au XVIe Sommet de la Francophonie, à Antananarivo.

Dans un discours devant ses homologues dans la capitale malgache, la ministre canadienne du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, a livré mercredi un «rappel amical» aux pays autoritaires ou dont le processus démocratique est entaché d’irrégularités et qui prennent place malgré tout à la table de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

«Il y a certains pays de la Francophonie qui font face à des défis en ce moment, qui peinent à appliquer toutes les règles de la saine démocratie, a-t-elle expliqué en entrevue en marge du Sommet. C’était un rappel amical qu’on s’attend à ce qu’ils fassent un effort, qu’ils respectent la Constitution et qu’ils respectent les règles d’une démocratie ouverte et transparente.»

Autre sujet délicat: la discrimination à l’égard des gais et lesbiennes dans les pays d’Afrique, un dossier qui ne progresse que «lentement», aux yeux de la ministre, d’où l’importance pour le Canada de faire entendre sa voix sur cet enjeu.

«Il y a encore beaucoup de tabou autour de ça. C’est un sujet qui est difficile à aborder clairement, avec des mots», a fait valoir Mme Bibeau. Si bien que le premier ministre Justin Trudeau évoquera cet enjeu, lorsqu’il s’adressera à ses homologues lors de la séance plénière de samedi. Car la solution devant ce genre de répression, c’est de parler du dossier «avec ouverture», a affirmé la ministre.

Une autre façon de régler le problème passe aussi par une plus grande aide aux femmes et aux filles des pays en développement, la grande priorité d’Ottawa en matière de développement. «J’ai la prétention de croire que dans la mesure où les femmes et les filles vont être plus autonomes, avoir tous les pouvoirs qu’elles méritent, leur juste place dans la communauté, elles vont vraisemblablement être plus sensibles aux besoins et aux droits des autres groupes vulnérables, que ce soit les personnes handicapées ou les personnes membres du groupe LGBTQ2», a-t-elle insisté.

Infrastructures

Les délégations de quelque 80 pays commencent à arriver à Madagascar, cette «Grande Île» qui compte parmi les pays les plus pauvres du monde. Si plusieurs s’inquiétaient des moyens logistiques et économiques du gouvernement malgache de parvenir à tout préparer à temps pour l’événement, La Presse canadienne a constaté que l’essentiel des infrastructures semblait prêtes à accueillir les représentants.

Pour l’instant, ce sont surtout les ministres des pays membres de l’OIF qui sont sur place, alors que les chefs d’État et de gouvernement participeront aux événements officiels samedi et dimanche.

Le processus de préparation ne s’est toutefois pas fait sans heurts. Certains médias, dont Radio France international, ont rapporté que des dizaines de sans-abris avaient été amenés par camion benne pour y être placés dans des centres d’accueil au cours du mois de novembre.

Malgré ce que certains appellent un «nettoyage» du centre-ville, la pauvreté saute aux yeux quand on se promène dans les rues de la capitale. Restera-t-il quelque chose du Sommet pour ses citoyens sans le sou? L’ambassadeur malgache au Canada, Constant Horace, le croit.

«Il y a déjà des répercussions directes, par exemple dans le secteur hôtelier, les services autour, l’artisanat», a-t-il affirmé dans un entretien.

Aide internationale

Le Sommet est par ailleurs l’occasion pour certains membres, dont le Canada, de faire des annonces en matière de développement. Mercredi, Ottawa a d’ailleurs annoncé l’équivalent de 7,5 millions $ pour trois projets en sol malgache.

Le plus important est un coup de pouce de 6,2 millions $ pour la formation de 2500 jeunes dans des secteurs variés, allant du bâtiment au tourisme, en passant par l’entreprenariat. Le projet devrait être réalisé en collaboration avec l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Au côté de Mme Bibeau, le recteur de l’UQTR, Daniel McMahon, a indiqué que le projet, qui compte 14 partenaires, permettra à quelques dizaines de Malgaches de séjourner au Québec, mais que la formation sera surtout offerte à Madagascar, avec une vingtaine de professeurs appelés à se déplacer.

«Et c’est d’ailleurs l’intérêt du projet. C’est de développer ici l’expertise pour la mettre au service du développement économique du peuple malgache», a-t-il noté.

Ottawa versera par ailleurs plus d’un million $ au Programme alimentaire mondial pour contrer l’effet d’El Nino sur les récoltes et soutiendra des initiatives de renforcement socio-économique des femmes, à travers le Fonds canadien d’initiatives locales (FCIL). Il offre également huit ambulances modernes qui seront en service pour le Sommet, mais léguées au gouvernement malgache par la suite.

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