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OTTAWA — L’organisme qui surveille la pauvreté des enfants canadiens réclame qu’Ottawa indexe dès l’an prochain son allocation canadienne pour enfants (ACE).

Le gouvernement libéral fédéral dit avoir l’intention d’indexer l’ACE à partir de 2020 et les appels de Campagne 2000 n’y changeront rien.

Cette allocation a remplacé trois mesures du précédent gouvernement conservateur: la Prestation universelle pour la garde d’enfants (PUGE), versement mensuel non indexé et imposable, une prestation fiscale canadienne pour enfants (PFCE) et un supplément de la prestation nationale pour enfants (SPNE), deux mesures indexées.

Plusieurs mois après avoir annoncé la création de l’ACE, le ministre qui en est responsable — Jean-Yves Duclos — a dit viser 2020 pour commencer à indexer les sommes versées aux familles.

Jeudi matin, Campagne 2000 a brandi ses sombres statistiques pour réclamer une indexation beaucoup plus rapide. Un enfant canadien sur cinq vit dans la pauvreté; c’est 3,1 millions d’enfants.

«L’allocation canadienne pour enfants est un pas dans la bonne direction, mais elle devrait être indexée immédiatement au taux d’inflation», a dit Rachel Gouin au cours du point de presse de l’organisme, jeudi matin.

Jeudi après-midi, à sa sortie des Communes, le ministre Duclos offrait un «non» catégorique. Il dit qu’il avait le choix entre offrir de plus petits montants dès mars 2016 accompagnés d’une indexation ou de se montrer généreux dès le départ, quitte à retarder l’indexation.

«On a préféré le faire dès mars 2016 pour que les familles en profitent dès 2016, quitte à attendre en 2020 pour avoir l’indexation à laquelle on a bien hâte d’arriver», s’est justifié M. Duclos. Il promet, par ailleurs que l’ACE, cette «mesure phare», va mener «au taux de pauvreté infantile le plus bas jamais connu au pays».

Le député néo-démocrate Guy Caron est loin d’être convaincu. Il tentera d’amender le projet de loi de mise en oeuvre du budget la semaine prochaine afin de forcer une indexation de l’ACE, dès le 1er janvier.

«Je pense qu’il s’agissait d’un oubli ou d’une négligence de la part des libéraux qu’ils refusent de corriger», accuse le député Caron.

Le 24 novembre 1989, les parlementaires à Ottawa promettaient de mettre fin à la pauvreté des enfants canadiens avant l’an 2000. Seize ans après ce rendez-vous raté, Campagne 2000 parle d’un «problème chronique de pauvreté infantile».

Si en 1989, 15,8 pour cent des enfants canadiens vivaient dans la pauvreté, aujourd’hui, c’est 18,5 pour cent, selon les statistiques compilées par Campagne 2000.

Les chiffres deviennent plus effarants lorsqu’on parle d’enfants des Premières Nations: 60 pour cent des enfants sur les réserves vivent en situation de pauvreté. Au Nunavut, la taux de pauvreté chez les enfants de moins de six ans atteint les 45,1 pour cent.

Encore là, Campagne 2000 rappelle à l’ordre le gouvernement de Justin Trudeau.

«Le gouvernement doit se plier au jugement du Tribunal canadien des droits de la personne et financer de manière équitable les services d’aide à l’enfance sur les réserves», a dit Mme Gouin, citant la militante Cindy Blackstock: «la réconciliation, c’est de ne pas avoir à demander pardon deux fois».

Depuis ce jugement qu’il a décidé de ne pas porter en appel, le gouvernement Trudeau promet d’y voir. Mais les gestes concrets se font toujours attendre.

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