ANTANANARIVO, Madagascar — Le gouvernement de Philippe Couillard facilitera les séjours d’étudiants des pays du Sud au Québec, mais il n’imposera pas pour autant une clause pour s’assurer qu’ils rentrent chez-eux à la fin de leurs études, afin de prévenir la fuite des cerveaux.

À son premier jour à Madagascar dans le cadre du XVIe Sommet de la Francophonie, le premier ministre québécois a annoncé vendredi un coup de pouce de 3,5 millions $ aux étudiants du Sud qui voudront poursuivre une formation collégiale technique au Québec.

Mais ces étudiants déserteront-ils pour de bon leur pays? M. Couillard convient que l’exode des cerveaux est un «problème constant» dans les pays du Sud.

«On ne peut pas dire: bien, parce qu’il y a cet enjeu, on va arrêter d’accueillir des étudiants. Au contraire, il faut continuer», a-t-il soutenu dans un point de presse conjoint avec la ministre de l’Enseignement supérieur de Madagascar, Maria Rasaozananera.

La ministre malgache n’a d’ailleurs pas caché que la fuite des cerveaux était l’un de ses «gros soucis». «Souvent les étudiants qui ont des bourses restent là-bas», a-t-elle déploré.

«C’est un gros souci et aussi un travail à faire que de faire revenir ces étudiants, ces jeunes qui ont eu leur diplôme là-bas, qui ont vécu là-bas avec tout ce qu’ils ont autour, l’environnement, le confort, par exemple. Donc il faut les attirer à revenir à Madagascar», a-t-elle insisté.

Plus tard en journée, une autre ministre malgache, Marie Raharimalala, a finalement annoncé que, dans le cas spécifique des étudiants de Madagascar au Québec, un contrat de retour au pays devra être signé. «Ils ne pourront pas partir sans avoir fait une lettre d’engagement qu’ils doivent revenir avec leurs compétences, pour servir le pays, pour partager leur savoir pour le bénéfice des autres qui n’ont pas pu y aller avec eux», a-t-elle soutenu.

Ces contrats sont toutefois difficiles à faire respecter, et cela ne règle pas la situation pour les étudiants issus des autres pays en développement de la Francophonie qui voudront peut-être rester au Québec. Pas question toutefois de leur imposer un départ, selon M. Couillard. «S’il y en a même la moitié qui rentrent, c’est formidable l’impact de ces gens-là dans leur pays», a-t-il plaidé.

Annonces

Avec l’annonce de Québec, 250 jeunes issus de l’espace francophone verront les frais de scolarité normalement imposés aux étudiants étrangers assumés par l’État. Québec accordera par ailleurs 42 bourses d’excellence de 14 000 $ à ces étudiants. Il ajoute aussi 10 exemptions de frais de scolarité universitaires spécifiquement pour les Malgaches. Les établissements collégiaux en région seront privilégiés.

«Le fait que ce soit dans les régions, d’après ce que je vois, ça facilite l’insertion des jeunes et leur parcours de formation», a signalé M. Couillard.

Le premier ministre a également signé une entente pour le lancement du programme de MBA de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) en sol malgache, à l’Institut national des sciences comptables et de l’administration d’entreprises (INSCAE). Il a rencontré le président de Madagascar, Hery Rajaonarimampianina, qui a d’ailleurs lui-même étudié à l’UQTR dans les années 1980 et qui s’est vu attribuer vendredi un doctorat honoris causa de l’institution.

Au cours de cette journée chargée, le premier ministre a aussi visité un centre de formation qui a pour mission le soutien scolaire des enfants les plus défavorisés du pays, et qui construira prochainement une annexe pour la formation professionnelle. Il a été accueilli par des chants joyeux et des danses de petites filles en robes fleuries et de jeunes garçons en chemises. Plusieurs d’entre eux marchaient pied nus sur le sol poussiéreux.

M. Couillard est à Antananarivo pour le Sommet de la Francophonie. Plus d’une trentaine de chefs d’État et de gouvernements sont attendus samedi pour l’événement. Le Québec y fait la promotion cette année d’une résolution pour prévenir la radicalisation des jeunes pouvant mener au terrorisme. Le premier ministre a confié vouloir axer ses actions sur l’Afrique lors des prochaines années.

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