Adrian Wyld Adrian Wyld / La Presse Canadienne

ANTANANARIVO, Madagascar — Justin Trudeau n’a pas hésité à aborder des dossiers controversés auprès de ses homologues du Sommet de la Francophonie, à Madagascar, parlant avortement, droits des homosexuels, mutilations génitales et féminisme devant un public pour qui ces sujets sont souvent tabous.

À la cérémonie d’ouverture de la Grand-Messe francophone, le premier ministre a fait la part belle aux droits des femmes et a déploré qu’ils soient «trop souvent bafoués».

Il a notamment insisté sur la nécessité pour les femmes d’avoir accès à l’avortement et s’est désolé que tant de jeunes filles soient mariées de force. Il a également déploré les mutilations génitales qui sont encore des pratiques courantes dans certaines régions du monde.

«Les femmes et les filles sont victimes de violences physiques et sexuelles. Elles se voient mariées, souvent en bas âge, sans leur consentement. Elles sont interdites d’avoir accès à l’avortement de façon libre et sécuritaire, elles sont soumises à des mutilations génitales.»

«C’en est assez!», a-t-il lancé dans un discours ponctué d’applaudissements enthousiastes de l’assistance.

Il a notamment interpellé les hommes à s’investir dans la cause féministe.

«C’est une affaire qui engage toute la société, a-t-il avancé. Les hommes se doivent de se lever pour défendre et promouvoir les droits des femmes».

Justin Trudeau a également abordé un thème qui lui tient à coeur, celui des droits de la communauté LGBT, n’hésitant pas à rappeler qu’elle était victime de discrimination dans de nombreux pays — dont dans l’espace francophone. «Puisqu’on est entre amis, on va se dire les vraies choses. Ici, on aime parler des droits, des libertés. Eh bien, les membres des communautés lesbienne, gai, bisexuelle et transgenre souffrent dans trop de pays, incluant certains membres de la francophonie», a-t-il déclaré.

Sécurité

Le premier ministre a aussi évoqué le problème de la radicalisation des jeunes menant au terrorisme. Il s’agit là d’un thème sur lequel s’est aussi attardé le président français François Hollande, qui a déploré de nombreuses attaques terroristes dans l’espace francophone.

«Nous sommes des cibles, parce que le français est la langue de la raison, de la liberté, de l’émancipation. Parce que c’est en français que l’universalité des droits de l’homme et du citoyen a été proclamée, et c’est ce que les fanatiques n’acceptent pas», a soutenu le président français.

La secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean, a elle aussi parlé sécurité, mais par la lorgnette de la pauvreté. «Ils sont des dizaines de millions de jeunes à affronter le chômage et, même lorsqu’ils ont un emploi, à vivre sous le seuil de la pauvreté. C’est là, l’un des plus grands scandales de notre époque. C’est aussi, nous le savons, un risque majeur pour la sécurité et la stabilité du monde», a-t-elle fait valoir.

Ontario

Après le Québec et le Nouveau-Brunswick, une troisième province canadienne est parvenue à se tailler une place à l’OIF. Samedi, les membres ont accepté la candidature de l’Ontario, qui convoitait le statut d’observateur, ce qui a «ravi» sa première ministre, Kathleen Wynne.

«L’Ontario a pris l’engagement de protéger et de promouvoir la langue française, ainsi que l’identité francophone», a-t-elle souligné dans une déclaration vidéo. À ses yeux, l’acceptation de la candidature de l’Ontario est une reconnaissance par l’OIF de cet engagement.

L’Ontario, qui compte plus de 600 000 francophones, cherchait depuis plusieurs années à intégrer la francophonie, un désir facilité par l’arrivée de Justin Trudeau à Ottawa.

L’Argentine, la Corée du Sud et la Nouvelle-Calédonie ont également vu leur candidature acceptée à titre de membre observateur, contrairement à l’Arabie saoudite. Un comité spécial se rendra sur le terrain, pour déterminer si cette monarchie réputée pour bafouer les droits de l’homme est conforme aux valeurs de l’organisation. La décision sur l’adhésion de l’Arabie saoudite est ainsi reportée au prochain Sommet, dans deux ans.

Le XVIe Sommet de la Francophonie doit se conclure dimanche, avec une déclaration commune et le choix du lieu où se tiendra la prochaine rencontre.

Alors qu’entre 30 et 40 chefs d’État et de gouvernement étaient attendus sur la «Grande Île», seulement 20 sont finalement au rendez-vous. Louis Hamann, porte-parole de la secrétaire générale Michaëlle Jean, n’a pas paru s’en inquiéter, affirmant que c’était le propre de toute conférence internationale de voir des dirigeants se désister pour des raisons diverses.

Madagascar, l’un des pays les plus pauvres de la planète, espérait se donner un nouveau souffle avec la tenue du Sommet.

Aussi dans National :

blog comments powered by Disqus