Graham Hughes/La Presse canadienne Jean-François Lisée

MONTRÉAL — Moins de deux ans avant les élections québécoises, Jean-François Lisée semble déjà en campagne électorale. Prononçant un discours devant les délégués du syndicat Unifor, samedi matin, il a multiplié les critiques incisives contre la Coalition avenir Québec (CAQ), qui a dénoncé cette «manière de faire importée des États-Unis».

«Le gars qui a sa maison de cinq millions de dollars listée sur Sotherby’s est contre les élites! Il y a quand même un problème», a tonné le chef du Parti québécois (PQ), faisant référence à son rival de la CAQ, François Legault.

«Elle n’est pas en vente sur Remax comme vous et moi. Elle est en vente sur Sotherby’s — ceux qui font des encans pour des Picasso et tout ça», a-t-il ajouté.

En point de presse après son discours, M. Lisée a répondu à l’affirmative lorsqu’un journaliste lui a demandé si un discours «anti-élite» était incompatible avec les politiciens qui détiennent une fortune considérable. Plus tard dans la journée, par téléphone, M. Lisée a tenu à préciser qu’il voyait une contradiction spécifiquement dans le cas de M. Legault, puisqu’il fait campagne contre les élites alors qu’il en fait partie, selon le chef péquiste.

Le Parti québécois a déjà été dirigé par des politiciens qui étaient pour le moins à l’aise financièrement, en l’occurrence Pauline Marois et Pierre Karl Péladeau, mais M. Lisée insiste que ces dirigeants n’avaient pas un discours contradictoire comme M. Legault — ou Donald Trump aux États-Unis.

«Je ne dis pas que si quelqu’un est fortuné il ne peut pas faire un combat pour les moins fortunés. Pauline Marois l’a fait (…) Pauline Marois, elle proposait des garderies à bas prix, d’augmenter les impôts des plus riches», a-t-il expliqué.

M. Lisée a été chaudement applaudi par la centaine de syndicalistes réunis dans un hôtel du centre-ville de Montréal lorsqu’il a assuré qu’il ne remettrait jamais de l’argent aux plus nantis de la société comme veut le faire la CAQ avec les baisses d’impôts, selon son analyse.

«En aucun cas on va envoyer 1000 $ au couple Legault, ou au couple Desmarais (Paul, dirigeant de Power Corporation) ou au couple Couillard (Philippe, le premier ministre)», a-t-il clamé devant une foule conquise.

Le directeur des relations médias de la CAQ, Guillaume Simard, estime que M. Lisée propage de fausses informations: «M. Lisée sait pertinemment que les baisses d’impôts que propose François Legault s’adressent aux personnes qui gagnent moins de 150 000 $».

Après l’élection de Donald Trump aux États-Unis, M. Legault disait vouloir tirer des leçons de cet événement. Mais le chef de la CAQ a simplement voulu dire qu’une certaine élite «qui regarde les préoccupations des Québécois de haut — dont les baisses d’impôts» se remette en question, a soutenu M. Simard.

«M. Lisée a un discours un peu paniqué à la vue des sondages», a suggéré le porte-parole.

Selon un récent sondage de la firme CROP menée pour le compte du quotidien La Presse, la CAQ devance le PQ sur les intentions de vote et les deux formations seraient au coude-à-coude chez les francophones.

Mais M. Lisée a fait valoir qu’il critiquait également ses deux adversaires — le Parti libéral et la CAQ. «Les adversaires du bien commun, ce sont les fédéralistes de droite et on a deux partis fédéralistes de droite», a-t-il conclu.

Pendant son discours devant les délégués syndicaux, le chef péquiste s’est d’ailleurs rapproché de la gauche, saluant les démarches de Québec solidaire, qui a ouvert la porte à des alliances avec le PQ.

«Si on se divise parce qu’on croit à chacun de nos idéaux. On va avoir raison longtemps dans l’opposition (…) Il y a des choses sur lesquelles on est complètement en accord!», a-t-il déclaré, citant en exemple le salaire minimum à 15 $, la lutte contre les paradis fiscaux et la réforme du système électoral.

Le ton du discours de M. Lisée n’est pas étranger aux quatre élections partielles qui se dérouleront le 5 décembre prochain. Le Parti québécois a deux sièges en jeu — celui de Saint-Jérôme, qui était représenté par l’ex-chef Pierre Karl Péladeau, et Marie-Victorin, un château fort péquiste dont le député était l’ex-ministre Bernard Drainville.

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