Jacques Boissinot Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

QUÉBEC — Le premier ministre Philippe Couillard n’est toujours pas prêt à dire de quelle façon il entend ramener un climat de confiance entre les policiers de la Sûreté du Québec et les femmes autochtones de Val-d’Or.

L’idée d’une commission d’enquête indépendante devant faire la lumière sur les relations tendues entre les deux communautés, poussée depuis des mois par les chefs autochtones, demeure en suspens. Au gouvernement, personne ne la rejette officiellement, mais personne ne la défend non plus.

Quelques chefs autochtones sont donc repartis bredouilles, mercredi, d’une rencontre avec le premier ministre, entouré des ministres Martin Coiteux (Sécurité publique) et Geoffrey Kelley (Affaires autochtones).

L’entretien devait pourtant servir à trouver une voie de passage qui satisferait à la fois le gouvernement et les autochtones quant à la solution à privilégier pour rebâtir les ponts. Mais ce sera pour une autre fois.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations pour le Québec et le Labrador, Ghislain Picard, s’est présenté au cabinet du premier ministre avec une proposition écrite, concrète et détaillée, de ce que pourrait être le mandat d’une future commission d’enquête indépendante.

En marge de la rencontre, en point de presse, M. Picard a dit espérer obtenir une réponse du gouvernement à sa proposition dans «un délai raisonnable».

«Il faut que justice soit faite», a-t-il dit, réaffirmant qu’il y avait «urgence d’agir».

Les autochtones n’en démordent pas: ils sont convaincus que cette commission est le seul moyen de ramener la paix entre policiers et autochtones. Mais le gouvernement se fait tirer l’oreille et se dit encore à la recherche du meilleur «véhicule» pour atteindre le même but.

Mercredi, le gouvernement n’a présenté aucune proposition.

Selon le voeu des représentants des Premières Nations à la rencontre, la commission d’enquête souhaitée porterait son regard sur les 15 dernières années et devrait remettre son rapport au plus tard le 31 décembre 2017.

Elle devrait examiner toute «situation de racisme systémique» pratiquée par des policiers, analyser divers aspects de l’administration de la justice et des relations entre autochtones et policiers.

Les femmes autochtones de Val-d’Or, de même que les chefs des Premières Nations, n’ont toujours pas digéré qu’aucun policier n’a fait l’objet d’accusations à la suite des plaintes d’agressions sexuelles déposées par certaines d’entre elles contre des policiers de la Sûreté du Québec.

Depuis, ces femmes et leurs chefs réclament une commission d’enquête indépendante qui ferait toute la lumière sur les problèmes et litiges entre les policiers et les communautés autochtones de la région.

Au fil des jours, le premier ministre Couillard et le ministre Kelley ont soufflé le chaud et le froid, se montrant tantôt ouverts à cette demande, tantôt fermés, prétextant que la commission d’enquête canadienne sur les femmes autochtones, créée récemment, aborderait cette question. M. Kelley disait aussi qu’une commission d’enquête nécessitait trop de temps, alors qu’il fallait privilégier des actions à court terme, pour panser les blessures des femmes de Val-d’Or.

Mercredi, le premier ministre «n’a pas fermé la porte» à l’idée de tenir une commission d’enquête, a estimé M. Picard, qui attend impatiemment la suite des choses et la réponse du gouvernement.

Cette proposition sera examinée «très sérieusement», a commenté le ministre Coiteux après la rencontre, sans s’engager à quoi que ce soit.

«On cherche un véhicule pour aller de l’avant», a ajouté le ministre Kelley, qui va aussi examiner la possibilité de présenter une contre-proposition aux leaders autochtones.

Aussi dans National :

blog comments powered by Disqus