Jacques Boissinot Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

QUÉBEC — Le premier ministre Philippe Couillard reconnaît que le Québec compte un nombre beaucoup trop élevé d’analphabètes.

Il convient aussi que les difficultés d’apprentissage doivent être détectées en très bas âge, avant même que les enfants commencent à fréquenter le réseau scolaire.

On ne s’étonnera donc pas d’apprendre qu’à ses yeux le dépistage précoce des problèmes d’apprentissage et la lutte à l’analphabétisme, «deux choses qui m’apparaissent absolument fondamentales», devront être hissés au rang des priorités de la future politique de réussite éducative, présentement en préparation.

L’éducation doit devenir «la grande priorité nationale» du Québec, selon le premier ministre, qui participait jeudi à la conclusion de la vaste consultation menée par le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, en vue de définir les meilleurs moyens d’assurer la réussite éducative des élèves.

«Il faut faire un effort très, très important sur la littératie», a soutenu M. Couillard, en point de presse, en marge de l’événement.

En général, on estime qu’environ un adulte québécois sur deux éprouve des difficultés à saisir toutes les nuances d’un texte le moindrement complexe, selon diverses études menées sur le phénomène.

«On a chez nous un problème d’analphabétisme, au moins fonctionnel, qui est important, malgré un système d’éducation moderne», a reconnu M. Couillard, qui promet d’accorder à ce problème une attention particulière.

L’autre problème auquel il promet de s’attaquer est celui des difficultés d’apprentissage des enfants en bas âge. Il faut préconiser «l’intervention la plus précoce possible, au niveau de la petite enfance», a-t-il dit.

Après une tournée dans plusieurs régions du Québec, le ministre Proulx conclut l’exercice par deux jours de consultation nationale, jeudi et vendredi, au Centre des congrès de Québec.

Près d’une centaine de représentants du milieu de l’éducation (associations, syndicats, directions d’écoles, experts, etc.) y sont réunis pour tenter d’influencer le ministre et orienter le contenu de la future politique québécoise axée sur la réussite éducative de l’élève.

D’entrée de jeu, le ministre Proulx a déclaré qu’autrefois, dans les années 1960, l’objectif de la société québécoise consistait à garantir l’accès pour tous à l’éducation, alors qu’aujourd’hui il faut plutôt viser à rendre la réussite éducative accessible à tous les élèves.

Si le Québec veut atteindre tout son potentiel, notamment son potentiel économique, il aura besoin de citoyens bien formés, d’où l’importance de moderniser le système d’éducation, a commenté M. Couillard

Chose certaine, a-t-il ajouté, la future politique qui suivra la consultation devra engager à la fois le gouvernement et la société toute entière.

Après deux années de compressions et le retour à l’équilibre budgétaire, l’argent ne semble plus être un obstacle. Le Québec est désormais en mesure d’investir de façon «importante et prévisible» dans le réseau scolaire au cours des prochaines années, a fait valoir le premier ministre.

Sceptique, l’opposition péquiste dit craindre que le gouvernement Couillard cherche plutôt par tous les moyens à retarder la prise de décisions et l’adoption des mesures requises jusqu’à la prochaine campagne électorale. Car le gouvernement aurait pu agir au cours des deux dernières années, au lieu d’improviser et de sabrer des centaines de millions dans les budgets de l’éducation, a commenté le porte-parole péquiste en éducation, le député Alexandre Cloutier.

«On n’a jamais vu autant de coupures en éducation», selon celui qui réclame au gouvernement qu’il ajoute des ressources de professionnels dans les écoles.

Il faut mettre fin, a-t-il dit en point de presse, «à des situations aberrantes comme un psychologue pour 3000 élèves ou un orthophoniste pour 5000 élèves».

De son côté, le porte-parole caquiste, le député Jean-François Roberge, s’impatiente et exhorte le ministre à déposer sa nouvelle politique dès le début de 2017.

Il souhaite qu’elle soit axée d’abord sur la lutte au décrochage scolaire. Il suggère aussi d’offrir la prématernelle 4 ans pour tous les enfants et de rendre l’école obligatoire jusqu’à 18 ans, à moins d’avoir déjà un diplôme en poche.

«J’espère qu’on n’est pas ici pour écrire la prochaine plateforme (électorale) du Parti libéral. J’espère que non», a-t-il commenté, en point de presse.

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