Paul Chiasson/La Presse Canadienne Ken Dryden

OTTAWA — Ken Dryden en appelle au sens des responsabilités des dirigeants sportifs afin qu’ils protègent les jeunes athlètes du pays contre les effets débilitants des blessures à la tête.

Dans une allocution sans gants blancs prononcée dans le cadre d’une conférence sur les commotions cérébrales dans le sport, mardi à Ottawa, l’ancien gardien de but du Canadien s’en est pris à toute cette culture du sport qui tolère assez bien les commotions cérébrales. L’ex-vedette de la Ligue nationale de hockey (LNH) n’a pas non plus hésité à établir un lien direct entre les blessures à la tête et certaines affections cérébrales.

Il y a deux semaines, le commissaire de la Ligue canadienne de football, Jeffrey Orridge, avait été moins catégorique, en soutenant que la science n’a pu établir un lien concluant entre les traumatismes crâniens subis dans ce sport et les affections cérébrales.

Pourtant, le responsable de la santé et sécurité dans la ligue américaine de football (NFL), Jeff Miller, déclarait en mars dernier devant un comité du Congrès qu’il existait un lien entre ce sport et l’encéphalopathie traumatique chronique.

De son côté, Ken Dryden a soutenu mardi que la recherche établit un lien entre les chocs à la tête et les affections chroniques au cerveau.

Et même si la recherche doit encore se poursuivre dans ce domaine, les dirigeants sportifs ne devraient pas attendre avant de poser des gestes concrets, a estimé l’ex-hockeyeur, qui a aussi été député et ministre libéral à Ottawa.

«Parfois, dans la vie, on doit prendre des décisions, et parfois aussi, on s’aperçoit qu’on fait les mauvais choix. Mais on n’a pas le droit de se tromper au moment de prendre les décisions vraiment importantes. Comme celles qui feraient que dans 25 ou 50 ans, les gens diraient: « comment ont-ils pu être aussi stupides? »», a lancé Ken Dryden. «Les responsables doivent maintenant se mettre au diapason des scientifiques. Et plus important encore, prendre en considération les impacts de leur sport sur la vie des joueurs.»

Se retirer du jeu à la suite d’un coup à la tête

La conférence, organisée par le gouverneur général, David Johnston, a réuni pendant une journée des athlètes, des entraîneurs, des professeurs de gym et des chercheurs, afin de trouver des pistes de solution au problème des commotions cérébrales dans le sport.

Matt Dunigan, ancien quart arrière dans la Ligue canadienne de football, a rappelé que les jeunes joueurs — et même les professionnels — devraient évoluer dans un environnement qui permette sans équivoque et sans pressions que l’on se retire du jeu à la suite d’un coup à la tête. L’ex-joueur, qui a évolué de 1983 à 1996, a rappelé avec beaucoup d’émotion qu’il butait parfois sur des mots ou que ses idées s’emmêlaient, à cause des multiples commotions subies durant sa carrière.

Les gouvernements fédéral et provinciaux planchent depuis juin sur une stratégie nationale de sensibilisation, de prévention et de gestion des commotions cérébrales dans le sport. Dans un communiqué, les ministres fédéraux responsables de ce dossier ont promis un programme de 1,4 million $ pour élaborer des lignes directrices nationales et un protocole d’intervention.

L’ancien joueur de la LNH Eric Lindros est lui aussi d’avis qu’il faut élaborer des normes nationales pour le diagnostic et le traitement des commotions cérébrales. Ces normes nationales pourraient ensuite être enseignées dans les écoles afin d’aider les jeunes athlètes, les entraîneurs et les parents à reconnaître les symptômes. «Tout le monde veut aider, mais les messages diffèrent tellement — les parents et les gens sont confus», a dit l’ancien joueur de centre, qui a lui aussi subi plusieurs commotions cérébrales durant sa carrière.

Des athlètes qui ont participé à la conférence d’Ottawa ont d’ailleurs souvent évoqué la difficulté de poser un diagnostic parce que les symptômes se chevauchent, ou parce qu’ils peuvent être attribués à des blessures au cou ou au dos.

L’ex-skieuse paralympique Karolina Wisniewska a d’ailleurs rappelé mardi qu’un athlète qui a subi une commotion cérébrale sera probablement le dernier à l’apprendre…

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