Justin Tang/La Presse canadienne Joe Biden à Ottawa, jeudi soir

OTTAWA — Le vice-président des États-Unis, Joe Biden, a appelé le premier ministre Justin Trudeau à défendre les «règles de conduite» internationales pour guider le monde en cette période de profonde incertitude.

M. Biden a lancé ce message dans son vibrant discours livré à un dîner d’État organisé en son honneur, jeudi soir, à Ottawa, dans lequel il a défini la lutte contre les changements climatiques comme l’enjeu le plus important de la présente génération.

Le vice-président démocrate n’a pas parlé directement du président désigné Donald Trump, mais il a fait référence à l’incertitude qui plane en Europe et aux États-Unis depuis que le Royaume-Uni a choisi de quitter l’Union européenne et, évidemment, depuis l’élection présidentielle dans son propre pays.

M. Biden a déclaré que le monde pouvait arriver à d’énormes progrès, mais cela se fera seulement si des dirigeants comme M. Trudeau et la chancelière allemande Angela Merkel se manifestent, selon lui.

Selon M. Biden, le premier ministre canadien comprend que ces progrès doivent être accomplis dans le contexte d’un «ordre économique libéral» et d’un «ordre international libéral».

Le vice-président américain a vanté le Canada, qu’il considère comme un allié et un ami dont les États-Unis ont besoin plus que jamais.

Joe Biden a fait ces remarques lors d’une soirée à laquelle ont assisté d’anciens premiers ministres du Canada, des premiers ministres provinciaux, ainsi que d’autres dignitaires.

Le vice-président prévoit discuter des changements climatiques lorsqu’il participera à une rencontre avec des premiers ministres provinciaux et des dirigeants autochtones, vendredi, à Ottawa.

Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a indiqué en entrevue plus tôt que la visite au Canada du vice-président sortant s’inscrivait dans la transition en cours à la Maison-Blanche.

Le ministre Dion a réitéré son intention d’inviter Donald Trump à se joindre au Canada dans la lutte contre les changements climatiques.

La visite officielle de Joe Biden n’entre pas en contradiction avec cet objectif aux yeux du ministre. Au contraire, elle permettra au Canada de jeter un pont entre les gouvernements de MM. Obama et Trump, maintient-il.

Mais certains observateurs se demandent bien ce que viendra dire dans la capitale canadienne un vice-président démocrate, à quelques semaines de l’assermentation d’un président républicain.

Le chef régional de l’Assemblée des Premières Nations (APN) pour l’Ontario estime que cette visite est dérisoire. Le chef Isadore Day, qui cogère les questions environnementales pour l’APN, souligne que la participation de M. Biden au sommet de vendredi sera sans conséquence puisqu’il s’apprête à quitter son poste.

Les États-Unis et le Canada ont développé une solide alliance en matière de climat au cours de la dernière année. Justin Trudeau s’était par ailleurs attiré les louanges de Barack Obama pour son rôle dans la négociation de l’accord de Paris, l’an dernier.

Un canular, selon Donald Trump

Le futur 45e président des États-Unis estime quant à lui que le réchauffement planétaire n’est qu’un canular. Donald Trump s’est même engagé à retirer les États-Unis de l’accord de Paris. Deux jours avant sa victoire électorale, il avait écrit sur Twitter que le réchauffement planétaire avait été «inventé par et pour les Chinois afin de rendre le secteur manufacturier des États-Unis non compétitif».

Alors qu’il constitue son cabinet, le président désigné a placé un climatosceptique à la tête de l’agence de protection environnementale (EPA).

Le ministre Dion dit qu’il compte faire appel à des arguments économiques pour accrocher le milliardaire qui s’apprête à entrer à la Maison-Blanche.

«Nous soulignerons à quel point l’environnement et l’économie vont maintenant de pair, a-t-il précisé. Nous devons penser aux emplois quand nous luttons contre les changements climatiques.»

«Nous avons beaucoup d’énergie à vendre (…) à nos amis américains, et nous allons mettre au clair que c’est la voie à suivre», a-t-il ajouté, en entrevue avec La Presse canadienne à partir de la ville de Hambourg, en Allemagne.

La porte-parole du premier ministre Justin Trudeau, Kate Purchase, affirme qu’aucune annonce ne sera faite dans le cadre de la rencontre entre MM. Biden et Trudeau.

L’ambassadeur des États-Unis Bruce Heyman a déjà indiqué qu’ils discuteront de l’«amitié profonde» qui unit les deux pays.

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