THE CANADIAN PRESS Philippe Couillard et Justin Trudeau.

MONTRÉAL — Le premier ministre Philippe Couillard dénonce les tactiques de division d’Ottawa dans le dossier des transferts fédéraux en matière de santé, qu’il a qualifiées de «déplorables», en entrevue vendredi avec la Presse canadienne. Il enjoint à Justin Trudeau de revoir son attitude et de penser d’abord au bien des patients.

Car s’il ne change pas de cap, le premier ministre canadien risque de fort de laisser en héritage le retour au déséquilibre fiscal, prévient-il.

M. Couillard réagissait après la signature jeudi d’un accord bilatéral entre Ottawa et le Nouveau-Brunswick pour les transferts en santé, un geste qui a miné le front commun des provinces qui négociaient ensemble.

Il demande ainsi au premier ministre canadien de piloter de réelles négociations directement avec les premiers ministres des provinces et des territoires. La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a aussi formulé pareille demande.

M. Couillard se dit convaincu qu’une telle entente nationale demeure possible, reconnaissant que des compromis devront être faits de part et d’autre.

Depuis l’entrevue avec M. Couillard réalisée en milieu d’après-midi vendredi, deux autres provinces ont signé des ententes bilatérales: la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve. Contacté au sujet de ce développement, le bureau de M. Couillard a indiqué que cela ne faisait que renforcer sa position­.

M. Couillard a évité en entrevue de réprimander son homologue néo-brunswickois, déclarant que «M. (Brian) Gallant peut bien faire ce qu’il veut», et semblant préférer diriger ses critiques vers Ottawa.

Selon le premier ministre du Québec, Ottawa doit cesser de tenter de diviser les provinces ou de les séparer pour en arriver à leur verser des sommes moindres, réduisant leur capacité à offrir des soins de santé à leurs populations respectives.

Cette façon de procéder, en plus de celle de l’ultimatum de type «à prendre ou à laisser», n’est pas dans l’esprit de la fédération, ni d’un fédéralisme de collaboration, tranche-t-il.

«Bien avant les petites victoires tactiques qu’on voit se dessiner actuellement, par cette tactique de division à laquelle on assiste, de tenter de dresser certaines provinces, ou d’en séparer d’autres, à l’approche du 150e anniversaire du pays, ce n’est vraiment pas un bon choix», a-t-il pris soin de souligner. Il constate un «décrochage» en santé, s’éloignant de la bonne collaboration habituelle du gouvernement fédéral.

Ottawa ne doit pas tirer avantage de la vulnérabilité financière de certaines provinces, notamment celles des Maritimes, juge-t-il.

Lundi, les provinces et territoires ont rejeté en bloc l’offre fédérale globale qui prévoyait une augmentation annuelle du financement en santé de 3,5 pour cent. À cela s’ajoutait une enveloppe de 11,5 milliards $ sur 10 ans destinée aux soins à domicile et à la santé mentale. Les provinces avaient fait une contre-offre pour augmenter le financement de 5,2 pour cent annuellement.

Ainsi, sur le fond du sujet, M. Couillard en a rajouté: si le premier ministre du Canada ne modifie pas sa trajectoire, on se dirige tout droit vers le retour du déséquilibre fiscal, et des déficits pour les provinces, a-t-il insisté.

«Je ne pense pas que ce soit l’héritage souhaité par Justin Trudeau en matière de santé, qui demeure la première préoccupation des Canadiens».

De plus, cette offre ferait en sorte de réduire la participation du fédéral au système de santé de 23 pour cent à 20 pour cent, alors qu’une participation à hauteur de 25 pour cent était visée, indique M. Couillard.

Ottawa sera alors un acteur encore plus minoritaire du financement des soins, et par conséquent, cela rendra ses déclarations sur le système de santé moins pertinentes, a-t-il lancé.

Il souhaite une entente qui serait à long terme, avec un facteur d’accélération des versements, et qui ferait en sorte qu’un maximum d’argent soit remis aux provinces par le Fonds canadien en santé, et non pas dans des fonds avec des échéances temporelles.

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