Graham Hughes / La Presse Canadienne Le salaire minimum à 15 $ pourraient permettre de lutter contre la précarité selon le Collectif pour un Québec sans pauvreté.

MONTRÉAL — Le monde du travail a été secoué par plusieurs débats de fond en 2016 — des débats qui se poursuivront en 2017. Parmi ceux-ci, deux ressortent: la hausse du salaire minimum à 15 $ et les clauses de disparité dans les conventions collectives selon la date d’embauche.

Le débat sur une hausse du salaire minimum de 10,75 $ à 15 $ avait cours depuis plusieurs mois déjà quand un coup de tonnerre a résonné: au Forum social mondial, en août, l’homme d’affaires Alexandre Taillefer appuyait ce salaire minimum à 15 $ au nom de la «décence» et de la justice sociale. Tout d’un coup, plusieurs oreilles se sont tendues.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, par la voie de sa vice-présidente principale Martine Hébert, y voyait plutôt une «catastrophe» pour plusieurs de ses membres PME. Il y a d’autres moyens de lutter contre la pauvreté, notamment par des mesures fiscales, et il appartient au gouvernement d’y voir, avait plaidé Mme Hébert au cours d’une entrevue.

Des coalitions se sont formées, des manifestations ont été organisées. Des recherches ont été publiées dans le camp pour et le camp contre.

Pour Mélanie Gauvin, de la Coalition 5-10-15, derrière cette question du salaire minimum à 15 $ se profilent plusieurs autres débats de fond: la lutte contre la pauvreté, l’emploi précaire et atypique qui se multiplie et même l’égalité homme-femme, puisque 58 pour cent des travailleurs qui touchent le salaire minimum sont des femmes.

«Les revenus sont insuffisants actuellement. Ajouter à ça la précarité des emplois. Les entreprises ont aussi une responsabilité là-dedans. Il faut les responsabiliser, en leur demandant de faire leur effort et d’augmenter leurs salaires. Ce n’est pas par des mesures fiscales qu’on vient responsabiliser les entreprises, au contraire», a opiné Mme Gauvin en entrevue avec La Presse canadienne.

Environ 211 000 travailleurs québécois touchent le salaire minimum et 972 000 gagnent moins de 15 $ l’heure.

Clauses de disparité

L’autre grand débat en matière de relations de travail a été celui des clauses de disparité de traitement dans les conventions collectives selon la date d’embauche, particulièrement pour les «régimes de retraite à deux vitesses».

Les syndicats y voient une forme de discrimination qui frappe surtout les jeunes et qui devrait donc être interdite, comme les échelles de salaire distinctes le sont.

Les entreprises qui adoptent de tels régimes distincts selon la date d’embauche affirment être contraintes d’agir ainsi à cause du coût élevé des régimes à prestations déterminées.

Le débat reviendra certainement à l’avant-plan en 2017, tant sur la scène provinciale que fédérale.

Construction et fusions

Le milieu syndical de l’industrie de la construction a aussi été remanié en 2016, lorsqu’il y a eu brassage des cartes à la suite d’une période de maraudage, suivie d’un scrutin syndical.

Les ouvriers qui ont exercé leur droit de vote ont ainsi donné plus de poids à un syndicat peu connu jusqu’ici: le Syndicat québécois de la construction, généralement perçu comme étant moins militant que les autres. Il est désormais le troisième, après la FTQ-Construction et le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International), devançant même la CSD-Construction et la CSN-Construction.

La négociation des conventions collectives dans l’industrie de la construction aura d’ailleurs cours en 2017.

Fusions

Le secteur de la santé et des services sociaux vit et vivra d’autres bouleversements en matière de relations de travail.

La fusion des établissements de santé, commandée par le ministre Gaétan Barrette, va en effet provoquer une fusion des syndicats dans ce secteur. Les syndiqués seront appelés à choisir leur syndicat du 30 janvier au 24 février.

Au cours d’entrevues avec La Presse canadienne, trois présidents de centrales syndicales — FTQ, CSQ et CSN — ont déploré le fait d’être ainsi contraints à se faire concurrence pour conserver et s’arracher des membres. Personne n’avait besoin de ça, avaient-ils lancé.

D’autres fusions ont provoqué des grincements de dents: celles des laboratoires médicaux, qui sont regroupés dans de grands laboratoires régionaux, ce qui entraîne d’importants mouvements de personnel dont on ne connaît pas encore l’issue.

Finalement, le tandem Daniel Boyer et Serge Cadieux a été réélu pour un mandat de trois ans à la tête de la plus importante centrale syndicale du Québec, la FTQ, qui a plus de 600 000 membres.

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