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MONTRÉAL — L’année 2016 a continué de gruger les médias ici et ailleurs, mais les transformations ne sont pas que comptables. À la crise des revenus s’est ajoutée celle de la protection des sources journalistiques, en plus de la crise de confiance des médias dits traditionnels.

Au mois de mai, Transcontinental annonçait la suppression de 65 postes au Québec, dans les Maritimes et en Saskatchewan, qui s’ajoutait aux 52 postes de représentants publicitaires supprimés le mois précédent. Trois mois plus tard, le Toronto Star éliminait 48 postes devant le succès mitigé de son application tablette.

L’automne a vu le secteur des magazines accuser le coup. Québecor Média a aboli 220 postes en novembre, dont 125 au Groupe TVA, en plus de mettre fin aux publications «Chez soi» et «Tellement bon».

Deux mois plus tôt, Rogers Media avait annoncé la vente de ses magazines en français «L’actualité», «Châtelaine» et «Loulou», abandonnant le marché francophone, en plus de réduire ou cesser la version papier de plusieurs publications. L’entreprise s’est finalement ravisée pour «Châtelaine», non sans réduire significativement son équipe.

Le rachat de «L’actualité» par l’homme d’affaires Alexandre Taillefer, annoncé trois jours avant Noël, est venu mettre un baume sur la saignée. Le nouveau propriétaire a martelé que «les plateformes numériques doivent servir de complément, et non de solution de remplacement à l’imprimé».

Néanmoins, 2016 a suivi dans la lignée de 2015, lorsque Bell Média et La Presse avaient aussi annoncé l’abolition de centaines de postes. Les compressions font écho à la tendance mondiale.

Dans son état des médias 2016, le Pew Research Center notait que les citoyens s’informent principalement à partir de leur appareil mobile. Mais les revenus ont continué de baisser dans cette transition numérique.

De 2014 à 2015, une centaine de quotidiens ont disparu. Le tirage de ceux qui restent a baissé de 7 pour cent, tandis que leurs revenus publicitaires ont diminué de 8 pour cent. Du reste, de 55 000 journalistes en 2006 aux États-Unis, ils n’étaient plus que 31 000 en 2015.

À peine 5 pour cent des jeunes de 18 à 29 ans s’informaient par le biais des journaux imprimés, une proportion qui double chez les 30-49 ans. Pour faire face aux transformations et assurer la survie de la presse écrite au Québec, le directeur du Devoir, Brian Myles, a réclamé à la fin août un soutien financier de l’État, en marge des consultations publiques sur le renouvellement de la politique culturelle du Québec.

Danger sur le front de la liberté de la presse

La crise n’a pas seulement frappé sur le plan financier en 2016, mais aussi sur le versant de la liberté de presse. L’espionnage du téléphone du chroniqueur Patrick Lagacé par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), dévoilé à la fin du mois d’octobre, a donné lieu à toute une série de révélations.

Tour à tour, on a appris que les journalistes Marie-Maude Denis, Alain Gravel, Isabelle Richer, Éric Thibault, Denis Lessard, André Cédilot, Félix Séguin, Monic Néron et Fabrice de Pierrebourg ont fait l’objet de surveillance du SPVM ou de la Sûreté du Québec (SQ) dans l’exercice de leur travail. Et le directeur du SPVM, Philippe Pichet, n’a pas exclu que le procédé soit de nouveau utilisé dans l’avenir.

Les révélations suivaient celles du mois de mai, alors que des journalistes de «La Presse» avaient été pris en filature par des enquêteurs de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Les patrons des dix plus importantes salles de rédaction au Québec ont publié une lettre commune pour dénoncer ces méthodes. Devant l’ampleur des révélations, le gouvernement Couillard a annoncé la tenue d’une enquête publique sur l’espionnage des journalistes par la police au début novembre, ainsi qu’une série de mesures pour limiter les mandats octroyés pour la surveillance de journalistes.

En revanche, à l’échelle fédérale, le gouvernement de Justin Trudeau a renoncé à présenter un projet de loi sur la protection des sources journalistes, après avoir ouvert la porte.

Puis à la fin décembre, la Commission de la sécurité publique de la Ville de Montréal a publié un rapport où elle s’est dite «rassurée et satisfaite» par les explications fournies par le SPVM concernant la surveillance des journalistes.

Crise de confiance et post-vérité

Au-delà de la crise des revenus et de celle touchant la liberté de la presse, l’année 2016 a aussi été celle d’une crise de confiance à l’égard des médias, notamment dans la foulée de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

Le clan Trump a accusé les grands médias américains d’être biaisés en faveur de la candidate démocrate Hillary Clinton. À l’inverse, plusieurs analystes ont reproché aux médias d’avoir créé le personnage Trump en diffusant à large échelle ses points de presse controversés et ses coups de gueule sur Twitter.

Même si les médias ont constamment joué la carte de la vérification des faits, ils sont ressortis écorchés d’un résultat électoral qu’ils n’avaient pas vu venir, perçus comme déconnectés devant le phénomène des médias «alternatifs», dont les publications souvent mensongères prolifèrent sur les réseaux sociaux.

Une analyse du site Buzzfeed a d’ailleurs révélé que les fausses nouvelles ont été davantage partagées que les vraies sur Facebook dans les trois mois précédant l’élection présidentielle. Le phénomène aurait pu virer à la tragédie en décembre, lorsqu’un homme armé a fait irruption dans une pizzéria de Washington et a tiré, à la suite de fausses nouvelles voulant qu’un réseau de pédophilie lié aux démocrates se cachait derrière le commerce.

Les critiques ont incité Facebook à annoncer, à la mi-décembre, des mesures pour combattre la prolifération des fausses nouvelles.

Signe de l’époque, le phénomène a incité le prestigieux dictionnaire Oxford à choisir «post-vérité» comme mot de l’année 2016. L’expression désigne les «circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour forger l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux croyances personnelles».

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