QUÉBEC – Le gouvernement Charest a mis fin jeudi aux négociations avec les étudiants, laissant présager de graves perturbations dans les semaines à venir, notamment lors du Grand Prix de Formule 1 de Montréal.

«On va vous l’organiser votre Grand Prix!», a lancé un négociateur de la CLASSE, le regroupement étudiant le plus militant, insatisfait de l’offre soumise plus tôt par la ministre de l’Éducation Michelle Courchesne.

En conférence de presse en début de soirée, le premier ministre Jean Charest s’est dit déçu par l’échec des pourparlers mais a prévenu que son gouvernement ne reculera pas devant ceux «qui menacent les Québécois».

«Un gouvernement ne cède pas devant les menaces», a-t-il statué.

La porte à des négociations ultérieures reste ouverte, a ajouté le premier ministre. Cependant, à défaut d’une entente avec les leaders étudiants, ce sont les électeurs qui trancheront le débat sur les droits de scolarité au prochain scrutin.

«Si on peut en venir à une entente c’est tant mieux mais ultimement, il y aura une élection générale d’ici 18 mois. C’est dans un cadre démocratique que s’offre pour nous l’occasion de s’exprimer sur ces enjeux», a-t-il expliqué.

La ministre Courchesne a quitté la table des discussions peu après 16 heures jeudi, mettant un terme à quatre jours de pourparlers avec les associations étudiantes (FEUQ, FECQ, TACEQ et CLASSE) dans l’espoir de dénouer l’impasse qui perdure depuis plus de trois mois.

Le gouvernement offrait aux étudiants de réduire à 100 $ la hausse des droits de scolarité, la première année, grâce à une réduction partielle du crédit d’impôt sur les frais de scolarité ou d’examen. Un montant annuel supplémentaire de 254 $ aurait été exigé pour les six années subséquentes, pour un total de 1624 $.

À cette proposition, Québec ajoutait la tenue d’un «forum» présidé par le premier ministre et réunissant les parties intéressées pour discuter de la gestion et du financement des universités.

De l’autre côté de la table, les associations étudiantes proposaient un gel des droits de scolarité pendant deux ans, par le biais de ponctions fiscales.

Le fossé était trop large, a estimé la ministre Courchesne, soulevant des doutes sur la volonté des étudiants de trouver une solution acceptable pour les deux parties.

«Force est de constater que ces derniers refusent d’assumer toute hausse des frais de scolarité. Il n’a pas été possible de parvenir à un règlement à coût nul pour les contribuables et cela n’a pas été possible parce que cette notion de gel était pour eux non négociable. C’était le gel, le moratoire, ou rien», a-t-elle argué.

M. Charest, qui accompagnait sa ministre en point de presse, a tiré un trait sur les négociations en souhaitant une «accalmie» pour la suite des choses.

«On a fait des efforts très importants et nous constatons que c’est une impasse. Nous espérons que dans les prochaines semaines ce sera une période d’accalmie qui permettra à chacun de réfléchir», a-t-il dit.

Mais pour les leaders étudiants, la décision du gouvernement de tourner le dos aux négociations aura pour effet de détériorer encore davantage le climat social.

«Le gouvernement se magasine une crise sociale d’une ampleur inégalée pour les prochaines semaines», a lâché le président de la Table de concertation étudiante du Québec (TACEQ), Paul-Émile Auger, aux côtés de ses camarades des autres associations étudiantes à l’entrée de la tour de la Banque Nationale.

La CLASSE croit pour sa part que les dés étaient pipés.

Peu importe ce que les associations étudiantes auraient mis sur la table, la volonté du gouvernement Charest de hausser les droits de scolarité était inébranlable, a souligné le porte-parole de la Coalition, Gabriel Nadeau-Dubois.

«On aurait eu beau trouver de l’argent partout dans les universités et le système fiscal québécois et jamais les libéraux n’auraient renoncé à augmenter les frais de scolarité parce que c’était pour eux un objectif partisan», a-t-il évoqué.

Le président de la Fédération étudiante collégiale (FECQ) Léo Bureau-Blouin _ qui en était au dernier jour de son mandat _, a quant à lui déploré le «braquage» politique du gouvernement.

«Pour des raisons politiques, de communication publique, le gouvernement ne pouvait pas accéder à nos demandes, c’est triste de voir un gouvernement qui, pour des raisons politiques, ne veut pas régler une crise sociale», a-t-il dit.

De son côté, la présidente de la Fédération étudiante universitaire, Martine Desjardins, a accusé le gouvernement de Jean Charest de faire «de la petite politique sur le dos des jeunes» pour flatter «son égo gouvernemental».

Du côté de l’opposition, les chefs de partis ont tous demandé au premier ministre Charest de retourner à la table des négociations.

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a légèrement modifié son discours en affirmant que le premier ministre ne devrait pas déclencher des élections maintenant, mais plutôt régler le conflit étudiant.

La Coalition avenir Québec (CAQ) a réagi en affirmant par voie de communiqué qu’après 16 semaines de conflit, le gouvernement ne pouvait pas interrompre les négociations.

Le chef du parti François Legault estime qu’il faut régler la crise à court terme en fonction de la session d’automne. En ce sens, il croit que le gouvernement devrait accepter la proposition des étudiants sur les crédits d’impôt, même si elle n’est pas idéale. «C’est une solution temporaire, à coût nul pour le gouvernement et assumée par les étudiants ou leurs parents et non pas par l’ensemble des contribuables. Avec des élections à l’automne, les citoyens pourraient ensuite s’exprimer sur la façon de régler la crise à long terme.»

Québec solidaire juge très sévèrement la décision du gouvernement de rompre les négociations avec les étudiants, la qualifiant d’irresponsable. «Au lieu de négocier de bonne foi avec sa jeunesse, Jean Charest a choisi d’accentuer les divisions au sein de la population avec une opération de relations publiques grossière visant à attaquer la crédibilité des étudiants. Quel gâchis!», a déploré Amir Khadir, dans un communiqué transmis jeudi soir.

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