Josie Desmarais/Métro Média Khoa Lê

Dans nos villes est une proposition déroutante qui allie l’improvisation musicale, le conte, l’art et le théâtre. Métro s’est assis avec son metteur en scène, le documentariste d’origine vietnamienne Khoa Lê, autour d’une bouteille de vin orange.

«Je ne sais pas comment me définir aujourd’hui et j’ai toujours eu du mal à le faire.»

C’est avec cette phrase que Khoa Lê entame la discussion que nous avons au café Denise, le petit restaurant qu’il a ouvert en compagnie de ses amis, le directeur photo Mathieu Laverdière et la productrice Ménaïc Raoul.

D’entrée de jeu, il faut parler de son documentaire sorti en 2013, intitulé Bà Nôi («grand-maman»), qui offre une incursion intime dans une discussion entre un petit-fils et sa grand-mère. Tourné au Viêtnam, ce documentaire donne des clés de lecture sur l’œuvre à venir de l’artiste et sur son thème de prédilection : l’identité.

«J’entrevois mes projets artistiques comme des idées et des désirs qui prennent sens avec le travail», explique le réalisateur.

«Pour ce film tourné avec ma grand-mère, je n’avais aucune idée de ce qui allait arriver ni même de la forme que prendrait cette série d’entretiens. L’état qui m’habitait depuis tout ce temps s’est manifesté et est devenu un film.»

La rencontre théâtrale intitulée Dans nos villes s’articule autour des lieux où elle prend forme. L’avant-première, à laquelle Métro a assisté avant l’entrevue, a lieu dans un restaurant asiatique où le public est invité à manger pendant le happening lui-même.

Devant nous, Macha Limonchick est assise sur une petite scène, le musicien et chanteur Beaver Sheppard se trouve à ses côtés et il y a une ambiance sonore urbaine dans la salle. Les serveurs s’affairent à nous apporter le repas que nous dégusterons pendant le spectacle.

«J’aime que le spectateur soit actif devant 
ce qui se déroule devant lui. Ce contexte 
est hyper-important pour moi.» –Khoa Lê, metteur en scène

Alors que nous sommes attablés avec de purs inconnus, la rencontre est provoquée par le projet. C’est assez déstabilisant. Il y a des écrans plats un peu partout dans la salle et le film débute pendant que Limonchick entame la lecture de l’histoire et que Sheppard amorce sa prestation improvisée.

«Ce projet est venu avec une volonté de liberté, explique Lê, une liberté de forme et une liberté que je voulais partager avec d’autres artistes que j’aime et que je respecte. J’ai donné carte blanche à chacun d’eux afin qu’ils mènent à terme leur vision [du conte écrit par Jonathan Bernier] et que je ne les contraigne à rien.»

Le film que nous regardons pendant que le musicien joue et que la comédienne récite est un assemblage de sept visions du conte par sept artistes, vidéaste, plasticien, documentariste : Jean-François Lesage, Khoa Lê, Félix-Antoine Boutin, Julie Favreau, Scorpion Dagger, Diane Obomsawin et Julie Tremble.

«[Ce sont] les derniers moments d’un personnage sans âge, un marcheur venu des confins de l’histoire et des mythes jusqu’à nous, ici, dans nos villes.»

À son collaborateur de longue date, Jonathan Bernier, Lê a demandé de s’inspirer des codes du conte vietnamien pour le récit qui nous est proposé. Cela donne un texte aéré dans lequel le spectateur respire et n’est pas emprisonné. On se laisse porter par la voix aérienne et juste de Limonchick tout en regardant les images se succéder. La poésie opère et la voix enchante le récit.

Chacune des représentations de Dans nos villes est offerte à un endroit différent : restaurant, appartement, parc, pagode, galerie, centre culturel et salle de spectacles. Chacun de ces lieux occupe une place importante dans la façon de produire le spectacle. Ils vont tous définir la façon d’entrer en relation avec l’œuvre.

«J’ai envie que les gens viennent à plus d’une représentation et soient témoins des diverses variations du spectacle. J’aime aussi que les gens se posent les questions du pourquoi et du comment. Comment se fait-il que le spectacle fonctionne un soir et ne fonctionne pas du tout le lendemain?»

Un happening théâtral à vivre de façon continue, donc. En d’autres mots, il faut voir plusieurs représentations pour bien comprendre la démarche, l’esprit des lieux et peut-être bien l’esprit des ancêtres.

Infos

Dans nos villes
Présenté gratuitement de samedi à jeudi prochain
dansnosvilles.com

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