Mongrel média Gabe Grey, Ali Kazmi, Waris Ahluwalia, Randeep Hooda, Steve Dhillon et Jag Bal dans Beeba Boys.

La cinéaste Deepa Mehta change radicalement de registre avec son nouveau film Beeba Boys, où elle s’intéresse à des gangs indo-canadiens qui sévissent dans l’ouest du pays.

«Dans les 10 dernières années, il y a eu 117 morts reliés à ces gangs, révèle en entrevue la réalisatrice indienne qui vit au Canada depuis quatre décennies. Mais à l’extérieur de Vancouver, personne n’en parle, personne n’est au courant. Peut-être qu’on aime penser qu’on est parfaits. C’est plus politiquement correct. On ne veut pas penser à ces gangs qui ne sont pas blancs parce qu’en tant que Canadiens, on ne veut pas parler de gangs ethniques. Peut-être qu’on a peur de passer pour des racistes.»

Bien que la réalisatrice de l’acclamé Water ait simplement voulu explorer un sujet dramatique qu’elle ne connaissait pas, le long métrage de gangsters semble venir avec ses codes préétablis. «On m’accuse d’avoir voulu refaire Scarface, mais ce n’est pas ce que je souhaitais, explique-t-elle. Tous les films de ce genre sont les mêmes. Ce sont des groupes d’hommes qui veulent s’enrichir et obtenir du respect, qui conduisent des belles voitures, sont bien habillés, ont des jolies copines, aiment leurs mères, font des trucs illégaux, et dès qu’ils se découvrent une conscience, c’est la mort. C’est le cas dans The Godfather et dans des films de John Woo, Takeshi Kitano, Seijun Suzuki qui est le père de tout ça …»

«On m’a dit: “Tu ne seras jamais aussi bonne que Tarantino, alors n’essaie même pas.”» –Deepa Mehta, racontant qu’on a tenté de la dissuader de faire un film de gangsters.

Rapidement, le fait que la réalisatrice est une femme est entré en jeu. «On combat des stéréotypes. Je parlais à une de vos collègues, qui m’a dit avoir aimé les scènes où mes personnages dansent, mais pas celles où il y a de la violence. Tu penses que ça va être différent parce que c’est fait par une femme? C’est comme si les hommes pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient, mais pas les femmes.» Et en termes de violence, cela demeure tout de même moins sanglant que les opus de Johnnie To et la saga indienne Gangs of Wasseypur.

Anticlichés: fragiliser les bases
Les clichés, Deepa Mehta préfère les affronter subtilement, en revisitant l’éternel arc dramatique de la montée vertigineuse et de la descente infernale tout en le détournant au passage au moyen d’une bonne dose d’humour absurde.

«Prendre des gangsters de ma communauté est pour moi une façon de briser les stéréotypes, avoue la metteure en scène. Ce ne sont pas tous des banquiers, des docteurs ou des danseurs de Bollywood. Il faut leur rendre leur complexité… Surtout que ce sont des gens de deuxième ou troisième génération d’Indo-Canadiens. Ils cherchent parfois la voie de la facilité, mais ça a un prix important pour la petite communauté qui essaye de s’intégrer. Ces crimes sont le premier pas vers l’assimilation dans une culture dominante blanche. C’est une façon d’être visibles auprès de la majorité.»

En salle dès aujourd’hui.

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