Josie Desmarais/Métro Frédéric Bérard, Anne Gabrielle Ducharme et Julien D. Pelletier qui, contrairement à ce que pourrait laisser croire la photo, ne sont pas un band de synth pop brooklynois ironique, mais bien le trio derrière l’émission C’est pas nous qui avons commencé.

Tous les mercredis, l’émission humoristico-politique C’est pas nous qui avons commencé met en lumière les absurdités de notre société, se moque des faux pas de nos élus et trouve de la poésie dans le ridicule de l’actualité.

Ils clament «C’est pas nous qui avons commencé». Reste qu’ils sont quand même assez baveux, les créateurs de l’émission radiophonique diffusée sur les ondes de CIBL. Ils aiment aussi les débats musclés et la franche rigolade, deux ingrédients qu’ils mettent de l’avant (outre la vodka) en cet après-midi où on les retrouve à La Caverne russe, lieu vintage sis sur Côte-des-Neiges.

Lancé en février dernier, C’est pas nous est coanimé par deux acolytes juristes qui se sont surnommés les «francs kiwis en or», à savoir Julien D. Pelletier, directeur général de Juripop («mais ça n’a rien, rien, rien à voir», prend-il bien soin de préciser) et Frédéric Bérard, essayiste et prof à l’UdeM. Si le premier est plutôt calme et courtois, le second ne se gêne pas pour démonter tour à tour pas mal de gens, allant des conspirationnistes à notre «gouvernement élu sur la base de selfies» aux amoureux vraiment trop amoureux du jogging. Il n’est d’ailleurs pas rare d’entendre Julien dire «Ouh, la la» ou «Je suis inquiet…» quand son collègue prend le micro. Au point où l’on en vient à se demander, pas tout à fait sérieusement, mais quand même, si cette inquiétude jette une ombre sur le plaisir qu’il prend à être à la barre du projet. «Je trouve du plaisir dans le danger, j’imagine! réplique Julien candidement. J’ai toujours un peu d’inquiétude, mais elle est somme toute agréable, parce que je sais qu’au bout du compte, ça donne un résultat irrévérencieux.»

C’est aussi un «humour irrévérencieux» jumelé à une once «d’ironie et de sarcasme» que souhaite mettre de l’avant la réalisatrice de l’émission, Anne Gabrielle Ducharme. Pour ce faire, la bande présente une multitude de concepts récurrents, comme «Le mot de la semaine» ou «Tel que lu sur Facebook», présenté par les recherchistes Catherine Anne Morin et David Rathé, qui lisent, oui, sur Facebook, des commentaires… déroutants. Plusieurs collaborateurs se succèdent chaque semaine, dont Judith Lussier et Eugénie Lépine-Blondeau, laquelle signe une chronique «J’ai testé pour vous» où elle rend compte de divers phénomènes qui retiennent son attention, comme cette curiosité que sont les paquets de noix «pour femmes» et «pour hommes» (ça existe, elle l’a testé), ou l’étonnante attitude relaxe de certaines dames dans le vestiaire du YMCA.

«Je pense que la nécessité d’un show comme le nôtre, c’est qu’on évolue dans un climat d’une complaisance TOTALE. La plupart des chroniqueurs politiques se la jouent ultra bourgeois, ultra safe. Ils écrivent quand tout le monde est d’accord. Ça ne sert à rien.» –Me Frédéric Bérard

C’est pas nous était d’abord destinée à être une offrande «un peu plus juridique, un peu plus, disons-le gentiment, coincée et technique», note Me Bérard, qu’on a pu voir pendant deux saisons à l’émission d’affaires juridiques À vos cas, présentée sur les ondes de MAtv et animée, justement, par son comparse Julien D. Pelletier. «Mais à un moment donné, on s’est parlé et on s’est dit: “On ne fait pas un À vos cas à la radio. On fait quelque chose de déjanté, on se paye la traite, on fait le party, on dit ce qu’on pense, y a pas de filtre, pas de censure, et advienne que pourra.” De là l’inquiétude de Julien.» L’équipe (surtout Frédéric) se moque aussi de nombreux chroniqueurs vedettes, sans les nommer, mais en faisant tout pour qu’on les reconnaisse. Et les politiciens ne sont pas en reste. «Ce sont des gens qui nous doivent des comptes, remarque Anne Gabrielle. Je pense que c’est notre devoir de les provoquer et de poser des questions.»

Du concept initial, il y a néanmoins un côté «droit» qui est resté, soit ce passage officié par Anthony Beauséjour, qui relate de sa voix suave des jugements aussi réels que rocambolesques au son d’une musique envoûtante. «C’est un tel plaisir d’entendre cette prose! Ces jugements qui sont tellement absurdes!» s’exclame Julien D. Pelletier.

Cela dit, même s’ils sont tous d’accord pour affirmer que «l’humour est un excellent moyen de passer un message politique», il y a quand même un segment dénué de blagues, à savoir celui en compagnie de l’invité de la semaine. Titre qu’ont reçu tour à tour, entre autres, le penseur et professeur Alain Deneault, ainsi que les députés de Québec solidaire Amir Khadir et Manon Massé. En ressortent des échanges étonnamment spontanés, parfois aidés par la proximité qu’ont les animateurs avec leurs convives, comme c’était le cas pour l’ancien candidat conservateur Dominic Therrien, une «vieille connaissance».

«On voulait que ce soit friendly!» confie joyeusement Julien après la troisième tournée de vodka russe. Et pour ce qui est du titre de l’émission, est-ce pour se dédouaner un peu? «Absolument, rétorque Frédéric B. C’est sûr que ce n’est pas sexy, comme titre… Mais on est tout le temps en réaction à quelque chose. On n’offre aucune solution intelligente à la société. On essaye juste de déconstruire ce qui nous semble épais.»

C’est pas nous qui avons commencé
Le mercredi à 18 h sur les ondes de CIBL
Enregistrement devant public le 4 mai (au 2, rue Sainte-Catherine Est)

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