Parc national de Frontenac, Sépaq Des frayères d'une superficie de 10 hectares seront créés dans le secteur des rapides de Vaudreuil.

La construction du nouveau pont Champlain entraînera la perte de milieux naturels. Les conséquences sont toutefois encore peu connues sur les populations de poissons selon des experts. Chose certaine, Infrastructure Canada prend les devants et a décidé de créer des zones de fraie pour compenser.

«Il est difficile de confirmer scientifiquement s’il y a des frayères ou non», a indiqué Josianne Martel, conseillère en communications pour le nouveau corridor Champlain à Infrastructure Canada.

Selon l’évaluation environnementale du projet, réalisée en 2012, 15 espèces ont été observées entre les ponts de L’Île-des-Sœurs et Clément, dont l’achigan à petite bouche et le doré jaune.

«On sait que certaines espèces menacées fréquentent cette zone, mais on ne sait pas à quel point cette construction va affecter leur habitat à moyen et long terme, soutient Katrine Turgeon, chercheuse en biologie des poissons de l’Université McGill. Il faut être proactif lors des études d’impact.»

Ne voulant prendre aucune chance, Infrastructure Canada a décidé d’investir une dizaine de millions de dollars pour recréer des zones de reproduction d’une superficie de 10 hectares pour différents poissons dans le secteur des rapides de Vaudreuil, entre le pont Taschereau et l’Île aux Pins, à l’extrémité ouest de Montréal.

«Il nous fallait trouver un endroit le plus près possible du nouveau pont Champlain et qui avait le plus grand potentiel pour l’aménagement d’un habitat de poisson en eau vive», explique Mme Martel.

Scepticisme
«Ce n’est pas parce que des pierres sont déversées dans le cours d’eau que les poissons iront automatiquement se reproduire à cet endroit», estime pour sa part François Guillemette, pisciculteur et membre de L’Association des Aquaculteurs du Québec.

Un scepticisme partagé par Katrine Turgeon. «Il y a des connaissances biologiques qu’on devrait avoir avant de commencer à aménager des frayères comme, à titre d’exemple, l’utilisation actuelle de l’habitat par les espèces ciblées, les conditions optimales de fraie pour ces espèces et comment les rapides de Vaudreuil peuvent être aménagées pour améliorer le succès de fraie», suggère-t-elle.

Elle salue toutefois l’aménagement à l’automne 2015 de trois passages à poissons sur la jetée ouest, situés à L’Île-des-Sœurs. «Il y a un bel effort qui est fait pour limiter les problèmes de migration potentiels», admet la biologiste.

Travaux
L’appel d’offres pour le projet de frayères sera lancé au début de l’hiver. Les travaux devraient débuter cet été, après la période d’activités restreintes pour la protection des poissons.

Différents paramètres devront être pris en considération, dont la vitesse du courant et la profondeur de l’eau. Un suivi devrait être effectué une fois l’aménagement complété selon Infrastructure Canada.

«Il faut absolument faire une étude à moyen long terme pour vérifier si les nouvelles zones de fraie ont du succès sur la reproduction des espèces ciblées», fait valoir la chercheuse Katrine Turgeon.

La fin des travaux est prévue à l’automne 2018.

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