La Direction régionale de la santé publique (DRSP) a statué que l’intensité des luminaires DEL installés dans l’arrondissement de Verdun ne sont pas nocifs pour la santé des résidents qui y sont exposés. Cette décision, émise dans un avis du 20 décembre, ne fait pas l’unanimité alors que plusieurs citoyens redoutent l’exposition à cette lumière bleue.

La DRSP fait cavalier seul en jugeant que 4 000 kelvins (K), la chaleur de la couleur de la lumière perçue par l’œil humain, est sécuritaire.

De son côté, la ville de Toronto, l’Association médicale américaine (AMA) ainsi qu’une partie du comité de travail du Bureau des normes du Québec a imposé une limite de 3 000 K aux lampadaires DEL.

«On remarque que l’AMA s’est s’appuyée en partie sur la santé, mais aussi sur les impacts sur l’environnement ainsi que la perception des individus. Nous, notre mandat nous a vraiment limité à la santé de la population. C’est là-dessus qu’on fait notre revue de littérature et qu’on a calculé notre exposition», explique Louis-François Tétreault, toxicologue et un des auteurs de l’avis.

La Ville de Sherbrooke a quant à elle opté pour des luminaires de 2 200 K maximum.

Contestation
Au printemps dernier, Verdun avait procédé à l’installation de 75 lampadaires DEL le long de la piste cyclable de L’Île-des-Sœurs et de la rue Godin sur la terre ferme. L’arrondissement voulait ainsi se préparer à la conversion des lampadaires HPS (ceux utilisés par la ville présentement). Des voix citoyennes se sont rapidement élevées dans ces secteurs, protestant contre un éclairage abusif et éblouissant selon plusieurs.

Pour la conseillère Marie-Andrée Mauger, la DRSP et la Ville auraient pu observer davantage le principe de précaution et limiter à 3 000 K maximum.

«En tant qu’administration, on devrait appliquer ce principe. C’est une implantation à grand déploiement et il faut agir pour éviter d’être en constante réaction par la suite», soutient-elle.

M. Tétrault indique toutefois que le principe de précaution ne pouvait s’appliquer dans la présente situation.

«L’exposition à la lumière bleue, la crainte de la plupart des citoyens, c’est déjà quelque chose qu’on a dans notre environnement. Les lumières HES, celles dans vos domiciles, en dégagent une certaine proportion. Le principe de précaution s’applique plutôt lorsqu’on ne dispose pas d’information sur un nouvel élément. Là, on a accès à de la littérature sur cette lumière.»

Il soutient également que l’exposition aux lampadaires est de courte durée et souvent  lors de déplacements.

«À quel point on tient compte du contexte? La différence, c’est que chez soit on peut éteindre les lumières quand on veut, pas si les nouveaux lampadaires éclairent énormément votre chambre», questionne Mme Mauger.

Elle rappelle néanmoins que si le projet est bien implanté, un grand potentiel d’économie se dessine pour la Ville de Montréal.

Nuits blanches
«Chose certaine, ça empêche bien du monde de dormir. Qu’est-ce que ça va prendre comme preuve pour comprendre que ce qui s’est passé à L’Île-des-Sœurs, ça n’a pas de bon sens», s’exclame Bernard Tessier, un résident de l’île qui pourfend le projet depuis ses débuts.

Il se dit également déçu par le temps qu’a mis la DRSP a publié ses conclusions. «Ça me déçoit aussi que la DRSP, m’ait promis à trois reprises qu’elle viendrait avec des experts mesurer avec un luxmètre les lampadaires de la piste cyclable avant la fin de l’automne. On ne m’a jamais rappelé. »

Colleen O’Reilly, une résidente de la rue Godin sur la terre ferme, estime que ses locataires ont quitté l’appartement de son duplex à cause de la puissance des nouvelles lumières.

«Le logement est toujours vide, je crois qu’il va être dur à louer. Je ne peux pas mentir aux gens qui viennent visiter», expose celle qui dit s’être endormie à 4h30 ce matin à cause desdits lampadaires.

Malgré son mandat restreint, la DRSP a écorché la gestion de la ville dans le dossier par ses recommandations.

«On reconnait que ça peut être incommodant, que ça peut créer de l’éblouissement et c’est pour ça qu’on recommande à la ville lors de l’installation des luminaires, d’avoir un programme de gestion de teintes et d’angles, pour diriger la lumière où on l’a veut et aussi de bien gérer les plaintes», souligne M. Tétreault.

Parenteau satisfait
«Je suis satisfait de lire que le rapport conclut à l’absence de risque pour la santé des luminaires à DEL. Nos services prendront toutefois le temps de lire le rapport attentivement avant de recommander d’autres actions», a réagi le maire de Verdun, Jean-François Parenteau au lendemain de l’annonce.

Il souhaite néanmoins connaître la position que prendra dans le dossier la Ville de Montréal puisque plusieurs rues et artères relèvent de sa compétence.

L’avis peut être consulté à cette adresse.

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