collaboration spéciale

La Ville a prévu dépenser 110M$ pour moderniser son parc existant de 110 000 lampadaires en y installant des luminaires (tête du lampadaire + ampoule) fonctionnant avec des ampoules DEL. Selon plusieurs élus et chercheurs, la Ville devra éviter d’utiliser des ampoules blanches, qui pourraient causer des problèmes de santé. État des lieux.

Détails du projet Dans un document de la Ville qui résume sa stratégie d’éclairage intelligent, on lit que les ampoules DEL réduiraient les coûts d’entretien de 55% et la facture d’électricité de moitié (actuellement de 12,9M$ par an) par rapport aux ampoules au sodium. La Ville compte économiser 278M$ sur la durée de vie des luminaires, estimée à 20 ans. L’investissement serait alors amorti en huit ans. Les appels d’offres seront lancés d’ici la fin de l’année pour sélectionner les fournisseurs, et l’installation s’étalerait sur cinq ans à partir du printemps. Le projet prévoit en outre la gestion à distance du nouveau parc de lampadaires, permettant possiblement de faire varier l’intensité de la lumière en fonction de la période de la nuit pour optimiser la consommation. La Ville indique qu’elle privilégierait des modèles certifiés «ciel noir», dont l’éclairage est dirigé en faisceau vers le sol afin de limiter la pollution lumineuse. Dans le document d’une vingtaine de pages, on mentionne que les tests réalisés avec un éclairage à DEL blanc avaient été positifs.

«La lumière bleue n’est pas une bonne chose, surtout pour les personnes âgées. Avec une lumière très bleue, leur vue est diminuée de 50%. Il faut faire attention avec une population vieillissante.» – Dominic Perri, conseiller de la ville à Saint-Léonard et membre de l’équipe Coderre, qui se dit entièrement en faveur du projet, mais est préoccupé par la «santé des résidants».

Craintes Selon le professeur et chercheur en physique du Cégep de Sherbrooke Martin Aubé la réalité est tout autre. «Les éclairages à DEL blancs produisent trois fois plus de pollution lumineuse. Cette lumière blanche (bleutée) perturbe le cycle du sommeil, et donc la production de mélatonine», dit-il. «Le document intitulé Projet de mise à niveau de l’éclairage de rue à Montréal est truffé de fausses informations et va à l’encontre des données scientifiques», ajoute le chercheur. Selon l’American Medical Association, une faible quantité de lumière bleue ou blanche perturbe la sécrétion de la mélatonine, ce qui peut chez l’humain, favoriser le cancer du sein, l’obésité, la dépression, le diabète et les problèmes reproductifs. Ces interrogations rejoignent celles de plusieurs élus. Selon le conseiller de François-Perrault, Sylvain Ouellet, ce type d’éclairage «pourrait même nuire à la biodiversité des parcs montréalais, alors que Montréal héberge le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique des Nations unies». M. Aubé recommande plutôt les ampoules DEL ambrées «qui ont désormais les mêmes qualités en matière d’économie d’énergie et ont deux fois moins d’impact en matière de pollution lumineuse que les ampoules traditionnelles au sodium. C’est 25% plus cher, mais c’est parce qu’elles sont produites à très petite échelle», dit-il. Au Québec, seule la ville de Sherbrooke les exige.

Réponses de la Ville La Ville répond qu’elle privilégie actuellement le blanc neutre (couleur de la lune) à 4000K de température couleur, qui émet moins de lumière bleue. «Les luminaires à température de couleur plus basse (température couleur de 3000K) ne sont pas assez efficaces pour le moment pour répondre aux normes en matière d’éclairage de rue», précise Geneviève Dubé, une porte-parole de la Ville. Cette dernière précise que «les études qui se sont penchées sur la question des risques sont majoritairement liées à une exposition sur une longue période et à de très fortes puissances, par exemple les travailleurs de nuit en usine». Les futurs lampadaires n’auront pas les niveaux d’intensité et ces temps d’exposition seront plus courts, donc ils ne seront pas problématiques, affirme l’administration municipale. Martin Aubé rétorque que les données citées par la Ville proviennent du Light Research Center, qui est financé par l’industrie, et ne sont donc pas très crédibles. Ils précisent en outre que des études récentes montrent que même la lumière de la lune, de 0,3 lux, peut perturber le sommeil. Sa collègue Johanne Roby, spécialiste de la pollution lumineuse juge «irresponsable» la position actuelle de la Ville de Montréal. Mandatée par l’administration municipale, la Direction de la santé publique (DSP) rendra son avis sur ce sujet cet automne. Par courriel, la DSP nous a néanmoins indiqué qu’elle considère «faible l’exposition de la population à cette source de lumière provenant des lampadaires», et elle n’en déconseille pas l’installation par les municipalités si l’intensité est prise en considération, de même que la direction du faisceau de lumière.

Compléments d’information:
Lire le Plan de la ville ici (à partir de la page 1781)
Étude sur les effet de la lune sur le sommeil ici
Article avec vues aérienne avant et après les luminaires DEL ici

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