Gracieuseté La télésérie House of Cards raconte le parcours d’un élu démocrate, Frank Underwood, prêt à tout pour assouvir ses ambitions et devenir président des États-Unis.

Les manigances et l’ambition du politicien fictif Frank Underwood, interprété par Kevin Spacey dans la populaire série politique House of Cards, auraient une influence directe sur le cynisme de l’électorat, selon une étude en sciences politiques réalisée à l’Université de Montréal.

«Nous avons analysé l’effet des séries télévisées House of Cards et The West Wing auprès de 180 sujets de recherche qui ne les connaissent pas. Les résultats montrent que le degré de cynisme augmente chez la majorité des gens après le visionnement d’un seul épisode», explique Alexandra Manoliu, qui effectue présentement son doctorat en sciences politiques sur ce sujet.

Pour mesurer le degré de cynisme, la chercheuse a demandé aux participants de répondre à un questionnaire avant et après le visionnement d’un épisode d’une des deux séries. Ces derniers devaient noter, sur une échelle de 1 à 10, à quel point ils étaient en accord avec des énoncés tels que «Les politiciens ne pensent d’abord qu’à leur propre intérêt » ou «Les candidats aux élections font des promesses qu’ils n’ont aucune intention de remplir ».

«Dans le cas de House of Cards, une série qui exagère la corruption et l’égoïsme des politiciens, le visionnement de l’épisode a exacerbé le cynisme autant chez les gens qui avaient déjà un préjugé négatif envers les politiciens que chez ceux qui n’avaient pas vraiment d’opinion», souligne Mme Manoliu.

En contrepartie, une émission plus positive comme The West Wing, qui s’intéresse à la garde rapprochée du président des États-Unis, n’a occasionné aucun changement significatif dans les réponses des participants.

Flou entre réalité et fiction

Selon la chercheuse, l’effet sur le cynisme pourrait s’expliquer par la difficulté du public à distinguer la réalité de la fiction. Pour vérifier cette hypothèse, elle a inclus à son questionnaire une évaluation du degré de réalisme des événements et des personnages présentés dans l’épisode.

«La plupart des gens ont accordé une note entre 8 et 10 au réalisme de la série House of Cards. Cela pourrait s’expliquer par le manque d’éducation politique de la population ou par le ton des informations diffusées dans les médias.»

Toutefois, le cynisme de départ des participants pourrait entraîner un biais dans ce résultat. En effet, la série The West Wing, qui reflète une image plus positive des politiciens, a été jugée peu réaliste par les participants.

Conséquences

Si le visionnement d’un épisode de House of Cards a un effet immédiat sur le cynisme de la population, il est toutefois difficile de mesurer si ce changement de perception aura des répercussions à long terme sur l’opinion ou le comportement politique des téléspectateurs.

«Nos résultats ne sont qu’une première piste, soutient la chercheuse. On espère pouvoir faire un sondage auprès des fans déclarés de la série afin de voir quels effets elle peut avoir après quatre saisons. On veut également étudier les impacts sur l’apprentissage, l’intérêt politique et, bien sûr, le choix électoral. »

Plusieurs études ont déjà été réalisées sur l’influence des médias et des émissions de divertissement sur les opinions et les comportements politiques du public. C’est toutefois la première fois qu’un chercheur s’intéresse aux effets des émissions de fiction.

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