Le problème de surabondance de cerfs de Virginie dans le parc-nature de la Pointe-aux-Prairies semble s’être résorbé de lui-même. La Ville de Montréal en a récemment dénombré quatre fois moins qu’il y a 3 ans. Cependant, la vigilance demeure de mise, selon les biologistes, puisque la surabondance de cet animal mignon est néfaste pour l’écosystème.

Le 21 novembre, à la tombée de la première neige de la saison, le photographe amateur Serge Sicotte a capté l’image presque féerique d’une femelle cerf dans le parc-nature de la Pointe-aux-Prairies. C’était sa deuxième photo du genre en moins de trois jours. «Ils sont si habitués aux humains qu’on peut s’en approcher. Une fois, je me plaçais pour prendre un pic-bois en photo, quand je me suis rendu compte qu’un chevreuil me suivait à quelques pieds», raconte-t-il.

Bien que ce randonneur ait l’impression que les chevreuils sont de plus en plus nombreux dans ce parc-nature de l’est de la métropole, les chiffres de l’arrondissement de Rivière-des-Prairies révèlent le contraire. Le conseiller de ville Richard Guay indique que selon des résultats reçus la semaine dernière, un décompte mené en avril dernier a permis de dénombrer seulement 10 cerfs dans l’ensemble des grands parcs de l’arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles.

Serge Sicotte a pris cette photo d'un cerf de Virginie femelle le matin du 21 novembre 2016 dans le parc-nature de la Pointe-aux-Prairies, alors recouvert de la première neige de la saison.

Serge Sicotte a pris cette photo d’un cerf de Virginie femelle le matin du 21 novembre 2016 dans le parc-nature de la Pointe-aux-Prairies, alors recouvert de la première neige de la saison.

C’est bien loin des 41 cerfs dénombrés en 2013. À l’époque, ils étaient considérés comme quatre fois trop nombreux pour la capacité d’accueil de l’endroit. Ils en menaçaient la biodiversité, causaient des accidents routiers et ferroviaires, exaspéraient les résidents et faisaient même l’objet de chasse illégale.

L’arrondissement ne constate plus de surabondance. «On a un équilibre», dit M. Guay, qui préside un comité multipartite sur la question. L’élu ajoute qu’il n’a pas reçu d’appels de plaintes de citoyens depuis au moins un an et qu’il n’y a presque pas eu d’accidents routiers ou ferroviaires répertoriés. D’autres décomptes sont prévus si le besoin s’en fait sentir. «Le dossier n’est pas fermé pour autant, nous continuons d’être vigilants», assure M. Guay.

Le déclin s’expliquerait tout simplement par le déplacement des chevreuils vers d’autres endroits. «Il n’y avait pas de solution miracle. La vraie solution, c’est la nature qui l’offre : la migration», conclut M. Guay.

Contrôler Bambi

Quoi qu’il en soit, la surabondance ponctuelle de cerfs en différents endroits de Montréal est un problème bien réel qui n’est pas encore réglé, selon des biologistes consultés par TC Media.

«Ici, les cerfs dévastent tellement la végétation qu’on peut même constater ce qu’on appelle des lignes de coupe depuis plusieurs années. En dessous de ces lignes, les cerfs ont tout mangé», soutient David Rodrigue, directeur général du zoo Ecomuseum, dans l’ouest de l’île.

Au cœur du problème, ce n’est pas l’animal, mais l’humain. «Il faut parler de chasse ou d’autres méthodes de contrôle de la population. Il faut engager cette discussion. Tout le monde a peur d’être le premier à en parler, mais c’est une situation créée et accélérée par l’intervention humaine», affirme M. Rodrigue.

C’est un constat que fait également Jean-François Giroux, biologiste à l’UQAM. «Il y a deux types de citoyens : ceux pour qui les cerfs sont une plaie et ceux qui souffrent du syndrome de Bambi, qui les trouve si mignons qu’ils se sentent obligés de les nourrir», illustre le professeur.

Les résidents des environs des parcs-nature peuvent aider, notamment, en évitant de planter des espèces que les cerfs aiment brouter, comme le cèdre, le lys, le vinaigrier et le sureau, ou en protégeant leurs plants avec un filet de nylon.

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