Collaboration spéciale Les frênes sont traités au TreeAzin, un biopesticide.

Alors que la Ville de Montréal redouble d’efforts pour venir à bout du fléau de l’agrile qui touche ses frênes, les entrepreneurs chargés de traiter ou abattre les arbres ont vu leurs commandes de cette saison augmenter considérablement.

Cette année, pour inciter les citoyens à traiter les arbres sur leur terrain, la Ville de Montréal a décidé de sévir. La menace de se voir écoper d’une amende allant entre 350$ et 700$ pour des frênes non traités contre l’agrile a fait peur aux Montréalais qui se sont hâtés de prendre rendez-vous avec des entreprises d’arboriculture. Au bonheur de ces derniers.

« Les gens ont été pris de panique quand ils ont vu que la date limite du 31 août pour faire traiter les frênes approchait. À partir de début août, nous étions complets. Nous ne pouvions plus prendre aucune commande de traitement jusqu’à la fin du mois ! », témoigne un représentant de l’entreprise Arboriculture Dumoulin.

Même son de cloche du côté d’Arbodirect, explique Éric Trépanier, arboriculteur : « Nous sommes très débordés. À tel point que je n’ai pas réussi à faire tous les traitements que je devais faire. Je traitais les frênes tous les jours, tout l’été. Dès la fin juillet, j’ai dû refuser des clients. »

Des subventions qui aident
La Ville de Montréal a certes sévi, mais elle a aussi offert de nombreuses subventions aux citoyens qui se trouvaient sur les zones à risque qu’elle avait définies.

En 2016, la Ville a investi un million de dollars pour venir à bout de l’agrile du frêne dans le domaine privé et inciter les citoyens à prendre part à la lutte contre l’épidémie. Au Service d’entretien d’arbres Viau, la totalité des traitements appliqués pendant l’été était subventionnée.

Augmentation des coûts
Sentant que cette aide allait finir de convaincre les citoyens de faire traiter leurs arbres, les entrepreneurs arboriculteurs ont profité des normes définies par la Ville de Montréal pour hausser le tarif des traitements contre l’agrile. L’année passée, le coût du traitement était plus ou moins de 5$ par centimètre de diamètre. En 2016, la Ville a autorisé de facturer au maximum 6$ du centimètre pour que le citoyen puisse voir 50% de sa facture, avant taxes, remboursées. Les entrepreneurs ont donc saisi l’occasion.

TC Media a calculé que le coût moyen du traitement pour un frêne de 30 cm reviendrait à 180$. Mais il faut compter que le traitement est à répéter aux deux ans, pendant environ 6 à 8 ans. Ce qui revient à un total entre 540$ et 732$, sans tenir compte que pendant ce temps-là, le diamètre de l’arbre continue de croitre. Et si vous avez, par exemple, trois frênes chez vous, alors la facture monte entre 1620$ et 2196$. Ce qui représente alors un bel investissement.

Des citoyens se sentent piégés
Pour certains, malgré les subventions, le règlement concernant le traitement des frênes reste abusif. À Rivière-des-Prairies, plusieurs résidents se sont regroupés pour déposer une pétition auprès de l’arrondissement à ce sujet. Ils réclament par exemple l’instauration d’une taxe du frêne : « Tout comme les gens sans enfants payent la taxe scolaire, l’ensemble des citoyens devrait payer pour les frênes qui sont sur le territoire de l’arrondissement, même ceux qui n’en ont pas. Après tout, les arbres appartiennent à tous. La preuve, il faut un permis pour les abattre », argumente Guy Gauthier, l’un des citoyens à l’origine de la pétition.

Ils soupçonnent aussi les entrepreneurs qui traitent et abattent les arbres de profiter de la situation en majorant leurs prix et demandent la mise en place de solutions alternatives au traitement au Treeazin, seul insecticide autorisé sur le territoire de l’île de Montréal. Ils proposent d’utiliser la méthode mise en place par l’entomologiste de Ressources naturelles Canada Robert Lavallée et qui consiste à déposer un dispositif contenant un champignon, qui ressemble à une petite poudre blanche, et qui est mortel pour l’agrile lorsque l’animal entre en contact avec.

Plusieurs méthodes, une seule approuvée
Ce qui n’est pas foncièrement une mauvaise idée selon Alain Cogliastro, botaniste-chercheur au Jardin botanique de Montréal : « Cette méthode fonctionne très bien en laboratoire, mais elle est difficile à mettre en place sur le terrain. Aux États-Unis, des chercheurs étudient l’utilisation d’abeilles pour traiter l’agrile sur le long terme, mais là aussi ce n’est pas encore une méthode aboutie. Le Treeazin, lui, présente 80% de réussite sur le terrain. Et probablement que dans les 20% restants il y a des frênes qui ont été traités alors qu’ils étaient déjà trop atteints. »

D’ailleurs, au Jardin botanique, c’est cette méthode aussi qui est utilisée. Le Treeazin, dont la toxicité pour l’environnement est très faible par rapport aux autres produits, est injecté dans les frênes dont l’agrile touche moins de 30% du feuillage. Mais pour Alain Cogliastro, il faut certes traiter les frênes malades, mais il faut surtout penser à l’avenir et planter dès aujourd’hui un autre arbre qui prendra le relais.

La dernière option
Penser à l’avenir est indispensable quand on sait que sur l’île de Montréal, en avril dernier on recensait plus de 13 000 arbres abattus depuis l’apparition de l’agrile en 2011. Dans de nombreux cas et étant donné la vitesse de propagation de la maladie, l’abattage reste la seule option, dispendieuse et à la charge totale du citoyen. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, malgré la situation qui leur profite, les entrepreneurs n’ont majoritairement pas augmenté leurs tarifs à ce niveau-là. Allant de 300$ jusqu’à 1000$ par arbre abattu, les tarifs des entreprises d’arboriculture varient par contre énormément en fonction de la taille de l’arbre, de sa position, etc. D’où l’importance de magasiner son entrepreneur et de réaliser plusieurs devis avant de se lancer dans ce grand ménage nécessaire.

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