Jacques Boissinot / La Presse Canadienne Jean-François Lisée.

Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, vient de pondre une énième version de sa «charte» pour couronner une quinzaine tourmentée par des nouvelles sur les accommodements raisonnables.

Dernièrement, au moins deux autres nouvelles ont nourri en boucle un cycle médiatique controversé à ce sujet. Après le projet de résidences pour musulmans, à Brossard, le public a eu droit au référendum taillé presque sur mesure pour interdire la construction de synagogues par les Juifs hassidiques, à Outremont.

Et comme ce n’est pas assez, un sondage CROP a révélé que le PQ a glissé derrière la Coalition avenir Québec (CAQ), qui joue à fond la carte identitaire, alors que le Parti libéral du Québec (PLQ) caracole en tête des faveurs. Logiquement, le ton ne va que se durcir au sujet de la laïcité entre la CAQ et le PQ, d’ici la prochaine élection générale, en 2018.

Je ne vais pas donc m’attarder sur cette énième proposition dégainée par le chef du PQ. En effet, au rythme où ce genre de nouvelles prend d’assaut notre espace médiatique, on a la fausse impression que le Québec croule sous les plaintes liées aux demandes d’accommodements religieux. Ce qui est plus qu’exagéré.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) du Québec a reçu 3 582 plaintes de victimes de discrimination fondée sur différents motifs interdits par la charte, de 2009 à 2013. Or, seulement 3% de toutes ces plaintes sont fondées sur le motif de la religion, et les plaintes liées à un accommodement pour ce motif ne constituent que 0,69% de tous les dossiers.

Et pour ceux qui croient que les tensions explosent entre les droits à la liberté de religion et l’égalité des sexes, un examen des dossiers par la CDPDJ de cette même période révèle qu’il n’y a eu que 2 plaintes où les deux motifs de discrimination, «religion» et «sexe», ont été invoqués dans une même plainte. Il ne s’agissait pas de refus d’accommodement, mais de discrimination directe.

Cela dit, dans la vraie vie, de plus en plus de gestionnaires réclament d’urgence au gouvernement des balises claires sur les demandes d’accommodements raisonnables, comme l’ont récemment relaté la Commission scolaire de Montréal (CSDM) et la Fédération des médecins spécialistes du Québec, à l’occasion de leurs auditions au parlement dans le cadre du projet de loi 62 favorisant la neutralité religieuse de l’État.

Il est donc essentiel que le Québec se dote d’une Charte de la laïcité, mais dans l’esprit du rapport Bouchard-Taylor. Hélas, en ces temps du «Trumpisme», au Québec, comme ailleurs en Occident, quand l’intitulé d’une discussion contient des mots comme musulman, religion ou accommodements raisonnables, il n’est plus possible d’avoir un échange digne du monde civilisé. Dans les circonstances, la politique politicienne ne fait qu’attiser les peurs et les pensées extrémistes de part et d’autre.

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