Dorothy Rhau

Dans la première partie de son interview, Dorothy Rhau nous a parlé de son enfance, de son amour pour la radio et de son désir grandissant de devenir humoriste. Voici la suite:

Votre rencontre avec François Avard a-t-elle était déterminante?
Ç’a été un déclic. Les dix dernières années, Stéphanie Kitembo, ma meilleure amie, ma productrice et ma gérante, n’arrêtait pas de me dire que j’étais drôle, comique et que j’avais ma place dans l’humour. En 2006, j’avais invité François Avard à mon émission de radio pour parler de l’absence des Noirs à la télévision. Durant une pause, j’ai avoué à François mon désir de faire de l’humour. Il m’a conseillé de suivre un cours à l’École nationale de l’humour.

Cette idée a germé dans ma tête, mais je ne me sentais pas encore prête. Mère monoparentale, je devais avoir un travail payant pour assurer l’avenir financier de ma petite famille.

Alors, j’ai intégré le service des ressources humaines d’une multinationale. C’était le plus bel emploi que j’ai jamais eu. J’ai eu des promotions et je voyageais à travers le Québec pour faire des présentations. Pourtant, quelque chose me manquait.

Votre épanouissement?
Exactement. Il me manquait cette liberté de créer, d’oser et d’innover. Même si j’avais un bel emploi, mon action était très encadrée. Mon champ de création était limité.

Là, l’option humour a commencé à se préciser?
À petits pas. Après ma séparation du père de mon fils, en 2008, je me suis dit, qui est Dorothy? Je suis une fille qui aime communiquer, s’amuser et surtout faire rire les autres. À ce moment-là, j’étais sûre de plonger un jour dans l’humour.

À l’été 2009, j’ai envoyé un courriel à Gilbert Rozon pour lui dire qu’il leur manquait une humoriste noire à Juste pour rire et que j’étais cette personne talentueuse. Deux semaines après, son vice-président, Éric Belley, m’a invité à le rencontrer. Je lui ai présenté une vidéo faite maison. Il a apprécié ma présence sur scène et mon potentiel, par contre, il m’a conseillé de travailler mes textes.

Même si la période d’inscription était terminée, Éric Belley m’a permis de suivre le cours de rédaction de l’automne à l’École nationale de l’humour. En janvier, j’ai suivi un autre cours pour parfaire ma présentation sur scène. Au printemps, j’ai offert mon premier numéro devant un public, au Belmont, le 6 avril 2010. Stéphanie s’est présentée avec un caméraman. (rire) Elle a tenu sa promesse d’être là pour moi, le jour où j’ai plongé dans l’arène.

Six mois après, j’étais au Gesù pour faire la première de Boucar Diouf. J’ai eu droit à une pleine page à La Presse. En janvier 2011, j’ai fait un buzz médiatique.

On le voit, le processus de votre reconversion a été long…
Après le Belmont et la première de Boucar Diouf, je n’avais plus de jour de repos. De l’automne 2010 à celui de 2011, j’ai consacré toutes mes vacances à mon travail d’humoriste, à mes spectacles, et à leur promotion. J’étais encore employée de la multinationale. Je devais toujours négocier mes absences avec mes patrons. Au travail, mes collègues m’appelaient la vedette. C’était difficile professionnellement, car certains collègues savaient que j’allais partir, en 2012, pour me consacrer à l’humour!

Donc, vous avez décidé, plutôt, de tout lâcher pour l’humour ?
Non, Dieu a décidé pour moi. (fous rires) Dieu a dit: «Dorothy est faite pour rire!»

Comment Dieu l’a-t-il fait?
Par une mise à pied! Octobre 2011, l’industrie pharmaceutique a été foudroyée par une crise et ma compagnie a été dans l’obligation de licencier une partie de ses employés. J’étais dans le lot! Mes collègues pleuraient, alors que moi, j’étais heureuse. En plus de mes indemnités de chômage, j’ai reçu une belle enveloppe. J’ai pu ainsi concrétiser mon rêve!

Qu’avez-vous fait en premier?
J’ai acheté une bouteille de champagne pour célébrer avec Stéphanie Kitembo mon entrée à temps plein dans le monde de l’humour. Je me suis aussi permis une petite escapade à Cuba avec mon fils pour célébrer l’entrée en 2012.

Pour célébrer l’abolition de l’esclavage…
(Explosion de rires) En rentrant de Cuba, première bonne nouvelle, ma gérante m’a annoncé que les organisateurs du Mois de l’histoire des Noirs m’avaient désigné porte-parole. Le mois de février a été une folie de travail. Durant ce temps, je n’ai pas arrêté l’écriture et la préparation de mon premier spectacle, «Recto verso», et on a monté, Stéphanie et moi, notre compagnie de production Miss productions.

Était-ce la galère?
Tout à fait. Mais, c’était très instructif. Une bonne école pour apprendre mon métier en accéléré. Je l’ai appris quand je suis devenue mère: il faut être patient, car le succès professionnel est une question de persévérance et de constance. Ça m’a rendue plus forte. 2012 a été la bénédiction, la grâce et la confirmation.

Quels sont vos projets en 2013?
Prendre ma place, m’installer confortablement comme humoriste et acquérir une notoriété. Je vais continuer à jouer «Recto-Verso» et préparer mon nouveau stand-up. Miss productions lance aussi le volet humour créé uniquement pour le Mois de l’histoire des Noirs. C’est une première. Ce spectacle va devenir une tradition. Chaque année, «100 % pur Cacao» sera l’occasion de présenter des humoristes et aussi des personnalités noires et autres.

Pour cette première édition, on va recevoir Michel Barrette, Dany Laferrière, Georges Laraque, Geneviève Gagnon, Jean Pascal et plein d’autres surprises.

Le 9 février 2013, dès 19 heures à l’Astral, allez voir «Dorothy Rhau : 100 % pur Cacao», un spectacle d’humour inédit conçu exclusivement pour le Mois de l’Histoire des Noirs. 

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