La charia ne sera pas inscrite dans la Constitution tunisienne en cours d’élaboration. Il y a une semaine, le parti islamiste Ennahda, qui domine l’Assemblée nationale constituante en Tunisie, a tranché sur cette question épineuse!

J’ai fait exprès de ne pas commenter cette bonne nouvelle à chaud, car je voulais d’abord voir la réaction des médias chez nous. L’info est passée presque inaperçue si elle n’a pas été camouflée.  J’ose à peine imaginer l’avalanche des réactions alarmistes si la Tunisie avait «osé» inscrire la Charia dans sa constitution!

Rappelez-vous, le 12 septembre dernier, lorsque Mustafa Abdul Jalil, le chef de l’autorité de transition en Libye a annoncé que la Charia sera «la loi essentielle» du pays, ce qui a soulevé un tollé total. Tout ça pour ça! Certains même ont regretté les dictatures de Ben Ali et de Kadhafi, ce jour-là!

Pourtant, ce même Rachid Ghannouchi, chef de file du parti islamiste Ennahda, a déjà signifié que la Tunisie de demain ne sera plus celle de Ben Ali en concluant un accord avec deux partis laïcs, en novembre 2011.

Cette entente courageuse a mené Mustapha Ben Jaafar, fondateur et chef du parti de gauche Ettakatol, à la tête de l’Assemblée nationale constituante tunisienne, puis Moncef Marzouki, chef du Congrès pour la République, un parti de gauche nationaliste, a être investi président de la République, en décembre 2011.

Pourtant, ces deux grandes nouvelles d’ouverture ont été tassées par les éternels sceptiques. Ils murmuraient entre les branches qu’il fallait attendre la Constitution, car ça serait l’occasion de démontrer par un plus un est égale à deux qu’Ennahda planifie l’avortement d’un État islamiste à l’iranienne!

Pourtant, Rachid Ghannouchi a annoncé devant la presse, lundi 26 mars, que l’article 1 de la Constitution de 1959, qui stipule que «la Tunisie est un État libre indépendant, et souverain, sa religion est l’islam, sa langue l’arabe et son régime la République», serait maintenu dans la rédaction du futur texte que prépare l’Assemblée constituante.

Certes, il faut être vigilant. L’inscription de la charia dans la Constitution tunisienne a été débattue d’une façon houleuse depuis plusieurs semaines au sein de l’Assemblée constituante. Elle a été réclamée explicitement par des manifestations de salafistes la veille même de la déclaration de Rached Ghannouchi.

Depuis six mois, un combat ardu et épique opposait les laïcs aux salafistes très agressifs, dans certains cas, sabre au poing dans certains campus en Tunisie, notamment à la faculté des lettres de la Manouba.

Pire encore, la tension entre Ennahda et les salafistes ne cesse de croître. Les premières réactions sur l’internet des fondamentalistes religieux, après les déclarations de Ghannouchi, vont dans ce sens.

L’opposition indéfectible des laïcs force certainement Ennahda de respecter toutes les composantes de la Tunisie. Il ne faut surtout pas oublier que c’est pour la première fois que dans un pays arabo-musulman, la politique retrouve ses lettres de noblesse au sein d’une Assemblée constituante! La Tunisie grandit dans la tourmente, néanmoins elle grandit!

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