Longtemps soupçonné d’être un lieu de perdition pour les félins les plus majestueux du monde sauvage sous son mince vernis de spiritualité, voilà que le «temple des tigres», en Thaïlande, a été révélé pour ce qu’il est: un abattoir d’animaux, purement et simplement.

Attraction bien connue située en banlieue de Bangkok qui attirait des cohortes de touristes avides d’égoportraits, ce temple bouddhiste prétendait depuis 1990 réhabiliter des tigres chassés de leur territoire naturel par des braconniers sans scrupule. Le souci principal du lieu, selon ses gestionnaires, était la conservation de l’espèce. Les moines vivaient, selon la fable, en harmonie avec les bêtes: les images montrant les maîtres nourrissant et marchant tranquillement à côté des tigres ont fait le tour du monde. Les gens venus d’ailleurs y affluaient, voyant là le fantasme enfin réalisé d’hommes en phase avec la nature sauvage.

Dur réveil, la semaine dernière, alors que des enquêteurs retrouvent, dans un congélateur du temple 40 cadavres de petits tigres Le lendemain, un moine est intercepté alors qu’il quitte le temple à bord d’une camionnette remplie de peaux et de crocs de tigres.

Le pot au rose est découvert, après des années de soupçons: sous des dehors de respectabilité, le temple était un lieu de captivité et de braconnage, berceau d’un (très) lucratif commerce d’animaux.

Les méthodes employées par le temple pour dresser «ses» tigres rappellent les traitements les plus inhumains, plus en phase avec celles utilisées dans les prisons nord-coréennes qu’avec celles en vigueur dans un sanctuaire pour animaux en voie d’extinction. Punitions brutales, dont celle d’asperger les pauvres bêtes d’urine provenant d’un autre mâle – une technique particulièrement affolante pour ces tigres extrêmement territoriaux –, sédation des animaux, coups et châtiments. Ceux qui s’étonnaient de voir ces bêtes sauvages aussi dociles au fond de leur cage ont leur réponse: elles étaient droguées.

La captivité des bêtes, décrite dans le magazine The Conversation la semaine dernière par Simon Evans, maître de conférences en écotourisme à l’université Anglia Ruskin, atteste d’enclos surpeuplés, bétonnés, insalubres. M. Evans raconte avoir visité le temple en 2008. Déjà à l’époque, il se questionnait sur la pertinence d’un tel lieu, qui enchaînait sans vergogne ses animaux, parfois sous un soleil de plomb, pour que des touristes puissent prendre de belles photos et se donnent l’impression de côtoyer la vie sauvage. Entre la contemplation de la nature et sa domination pure et simple, il n’y a souvent qu’un pas, que des milliers de touristes peu avertis ont allégrement franchi depuis 26 ans, enrichissant un temple des horreurs, qui était tout sauf zen.

L’endroit est désormais privé de ses tigres, et la petite centaine d’animaux qui s’entassaient les uns sur les autres dans cet endroit seront maintenant répartis dans des lieux d’accueil – respectables, c’est à souhaiter – un peu partout en Thaïlande.

Le professeur Evans note toutefois que d’autres lieux semblables au temple des tigres existe un peu partout en Asie. Il explique l’avoir constaté lors d’un voyage de recherche sur la multiplication des élevages de tigres sur le continent. Pour lui, la fermeture de cet endroit infâme, qui a systématiquement maltraité des animaux et leurré des touristes qu’on imagine de bonne foi pendant un quart de siècle, ne sera d’aucune utilité si les enquêtes s’arrêtent à ce seul temple.

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