Alors qu’Alice Paquet, avec tout son courage et sa vulnérabilité, a décidé de dénoncer l’agression qu’elle a subie, après qu’on lui ait dit qu’elle détruirait la carrière et la vie d’un député libéral.

Alors qu’un député libéral a commencé par mettre en doute ses allégations sous prétexte que «les gens ne connaissent pas le nom de leur maire», avant de se rétracter.

Alors qu’on apprend aujourd’hui dans Le Devoir que des militants libéraux savaient que l’homme accusé, Gerry Sklavounos, avaient des comportements inadéquats, au point où on disait aux nouveaux : «Tu le vois, lui, c’est Gerry Sklavounos. Tu t’en tiens loin», sans jamais avoir remis en question la présence du député à l’Assemblée nationale.

Alors que des enregistrements ont révélé qu’un candidat à la présidence américaine s’était vanté de pouvoir embrasser des femmes et les attraper par la fourche sans leur consentement.

Alors que des policiers de Val D’or poursuivent Radio-Canada pour 2,3 millions de dollars pour la diffusion d’un reportage révélant des situations troublantes sur les relations entre les agents de la SQ et les femmes autochtones dans la région, sous prétexte que la diffusion de cette enquête a rendu «milieu de travail “néfaste et hostile”», sans début de préoccupation pour l’impact que les abus des policiers auraient pu avoir sur la vie de ces femmes.

Alors qu’on reproche aux étudiantes de l’Université Laval qui ont reçu la visite importune d’un taponneur en série de ne pas avoir barré leurs portes.

Alors que les témoignages de Mélanie Lemay et Ariane Litalien nous ont rappelé les barrières qui s’élèvent devant celles qui osent dénoncer leur agresseur.

Alors qu’un misogyne s’en est pris aux Superbes, en faisant une référence douteuse à Marc Lépine, et qu’il en a remis après avoir été interpelé par la SQ.

 

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Alors qu’une étude révèle qu’à la question «Auriez-vous un rapport sexuel avec Marie malgré l’absence de consentement si vous étiez absolument certain que celle-ci ne porterait pas plainte», – question qui avait été retirée des formulaires parce que, come on, qui dirait oui à cette question-là – 30% des répondants ont répondu «OUI».

Alors que tout ça, on serait tentés de raisonner qu’il ne pouvait pas y avoir meilleur moment pour sortir un livre sur la culture du viol. C’est ce que l’on se disait, mardi, lors du lancement de Sous la ceinture, tous unis pour vaincre la culture du viol. La chercheuse Sandrine Ricci, dont les recherches doctorales portent sur la culture du viol, était d’un autre avis. «À chaque fois qu’on m’invite à parler de culture du viol, on dit que le timing est bon.»

En effet, le timing était bon quand l’affaire Ghomeshi a éclaté. Le timing était bon quand une plainte pour harcèlement sexuel à l’endroit de Marcel Aubut a révélé la personnalité prédatrice de l’ex-président du COC. Le timing était bon quand un juge a demandé à une victime d’agression sexuelle pourquoi elle n’avait pas serré les genoux. Le timing était bon quand le père de Brock Turner a dit que la vie de son fils ne devrait pas être chamboulée pour «vingt minutes d’actions».

Le timing sera toujours bon, pour parler de la culture du viol. Tant et aussi longtemps qu’un sentiment d’impunité habitera les agresseurs, et qu’un sentiment de honte s’abattra sur les victimes.

Et à la question comment en parler, une recherchiste me demandait hier «Quoi dire aux filles pour ne pas qu’elles tombent dans la culture du viol?» Les filles ne «tombent pas» dans la culture du viol, elles en paient les frais. Demandons-nous surtout quoi dire aux garçons pour qu’ils ne considèrent pas les filles comme une chose à prendre, pour qu’ils soient ceux qui s’élèvent dans le vestiaire pour dire qu’une joke sexiste n’est pas drôle, au risque de perdre des amis, pour qu’ils comprennent c’est quoi le consentement, pour qu’ils sachent que le harcèlement, la violence, l’objectification des femmes, c’est pas banal.

Suggestion de film à voir en fin de semaine: Audrie and Daisy, troublant documentaire de Netflix sur ce qui arrive aux victimes lorsqu’elles dénoncent.

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