En 67, c’était l’année de l’Expo. C’est aussi l’année où je faisais mon entrée au primaire. Oui, je sais, ça fait une mèche. Ma «maîtresse» s’appelait mademoiselle Richard, et l’épaisseur de son eye-liner fut éventuellement – j’en suis convaincu – une source d’inspiration pour Amy Winehouse. C’était à l’époque où on faisait la prière en classe deux fois par jour et le vendredi, avant de partir pour le week-end, on nous réunissait dans la grande salle pour chanter l’hymne national. La directrice en profitait pour humilier devant tout le monde ceux et celles qui n’avaient pas été sages durant la semaine. N’y manquait que l’échafaud et le portrait aurait été complet.

En 67, à l’école Boucher-de-la-Bruère, nous avons été les derniers à apprendre à écrire en lettres cursives, mais les premiers à qui on a enseigné les mathématiques nouvelles. Sans le savoir, nous devenions les cobayes d’une interminable série de réformes. C’était il y a 50 ans. Aussi bien dire une éternité dans l’histoire d’un jeune peuple.

Un demi-siècle, ça devrait, il me semble, être bien en masse de temps pour mettre au point un système académique capable de répondre aux besoins spécifiques de tout un chacun. Sauf que nous, on a failli à la tâche. Lamentablement.

Dans le réseau public, un élève sur cinq au primaire éprouve des difficultés d’apprentissage. Au secondaire, c’est presque un sur trois. Une catastrophe sans équivoque, un bulletin affligeant. Comme si jamais rien n’avait été fait. Et la situation continue à empirer. Ça promet.

On remerciera nos différents gouvernements d’avoir considéré l’éducation comme étant un poste de dépense plutôt qu’un investissement nécessaire. On leur dira que ce n’était peut-être pas une merveilleuse idée de fermer les bibliothèques, de sortir les spécialistes de nos écoles, de traiter les enseignants comme de vulgaires fonctionnaires sans importance. On aura une pensée émue pour nos penseurs qui, réforme après réforme, ont échappé le ballon tout en gardant leur job, ce qui est en soi un exploit. Cinquante ans pour en arriver à ça. Que de temps perdu. Que d’argent mal dépensé.

Au cours de la prochaine année, le budget du ministère de l’Éducation dépassera les 17,5G$. C’est bien cher payer pour demeurer aussi pauvres.

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Demain, 8 mars, c’est la Journée internationale des femmes. En cette ère de mots et d’opinions, vous me permettrez de saluer mes collègues chroniqueuses qui ont décidé de laisser tomber leur tribune au cours des dernières semaines plutôt que de continuer à se faire écœurer par des trolls sexistes et violents. Les salauds – qui sévissent sans la moindre crainte de représailles – viennent de remporter une autre manche. Ça, je ne l’accepterai jamais.

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Vu : Le déclin de l’empire américain, adapté pour la scène par Patrice Dubois et Alain Farah, qui est présenté jusqu’au 1er avril à l’Espace Go. Le défi était gros, pour ne pas dire insurmontable. Bien sûr qu’on pense au film tout au long du spectacle, qu’on compare le jeu du nouveau avec la perfo de l’ancien, qu’on attend telle réplique qui appartient désormais au panthéon national du punch. Et, malgré tout cela, ce spectacle a renversé la plupart de mes craintes qui étaient, ma foi, fort nombreuses.

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Entendue : la pianiste Julie Lamontagne à l’Upstairs la semaine dernière, Un pur délice. Elle repassera au même endroit vers le mois de mai. On vous tiendra informés, son nouveau matériel est trop bon.

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