Aux prises avec une flambée apparemment incontrôlable des prix de l’immobilier, divers commentateurs et politiciens de Vancouver montent le ton contre une politique d’immigration québécoise, le controversé Programme des investisseurs.

Comment l’accueil de nouveaux arrivants dans la Belle Province peut-il influencer le coût de maisons situées 5 000 km à l’ouest de Montréal? En permettant à de riches immigrants, sous promesse de s’établir au Québec, «d’acheter» leur résidence permanente et de mettre ensuite le cap ailleurs au Canada. Une pratique dénoncée cette semaine dans le Vancouver Sun par le Nouveau Parti démocratique (NPD) de Colombie-Britannique.

«Le silence du gouvernement de la Colombie-Britannique dans ce dossier est complètement déconcertant», a affirmé le député néo-démocrate de Vancouver-Point Grey, David Eby. Selon lui, le Québec retire tous les avantages de ce programme (l’argent) et Vancouver hérite principalement des désavantages :

«[This program] brings major housing affordability problems, while allowing many wealthy migrants to use British Columbia’s social services virtually for free.»

Traduction libre : «[Ce programme] entraîne de graves problèmes d’accessibilité résidentielle, tout en permettant à plusieurs riches immigrants d’utiliser les services sociaux de la Colombie-Britannique gratuitement.»

Évidemment, cette citation ne dit pas tout. Grâce aux revenus liés aux taxes foncières, par exemple, les villes profitent en partie de la hausse du prix des maisons. Puis, la crise qui affecte Vancouver actuellement ne se résume pas qu’à un seul facteur. (Pour ceux que ça intéresse, le site Visual Capitalist a brillamment synthétisé le problème en juin dernier avec une superbe infographie.) La bulle immobilière n’en demeure pas moins réelle et les statistiques, elles, vertigineuses :

Mais… pourquoi s’en prendre au Québec? Les statistiques du ministère québécois de l’Immigration montrent que la province a accueilli, de 2011 à 2015, plus de 20 000 personnes par le biais du programme des immigrants investisseurs. Or, de l’aveu même du gouvernement du Québec, seulement une infime minorité de ces arrivants choisissent d’y élire domicile, rappelle le Vancouver Sun.

Près 60 % des gens fortunés admis par Québec depuis 2011 sont originaires de Chine, et les plus grandes communautés chinoises au Canada se trouvent à Vancouver et à Toronto. Des chiffres du ministère de l’Immigration obtenus par La Presse en janvier faisaient état, pour les immigrants investisseurs accueillis entre 2003 et 2012, de 22,8 % d’admis qui demeuraient toujours au Québec en 2014. Moins de 15 % des arrivants chinois sélectionnés sur la même période avaient élu domicile au Québec.

La grogne a toutefois des racines un peu plus profondes. Avec son Programme des investisseurs, le Québec fait cavalier seul depuis deux ans. En 2014, le gouvernement Harper a décidé de mettre fin à l’équivalent fédéral du programme sous prétexte qu’il était plus coûteux qu’avantageux pour le Canada. Or, puisqu’il gère lui-même depuis 1991 la sélection de ses immigrants, le Québec n’a pas eu à emboîter le pas du fédéral en la matière. Et ça aussi, ça irrite certains observateurs, qui accusent les libéraux de Justin Trudeau de ne pas vouloir se mettre à dos une province où ils détiennent 40 des 78 sièges.

Le correspondant canadien du South China Morning Post, Ian Young, a laissé libre cours à son exaspération la semaine dernière, implorant les politiciens fédéraux de faire pression sur le Québec pour «tuer la fraude migratoire des millionnaires». «Mettez fin au programme québécois des immigrants investisseurs, ce complot gorgé de fraude qui inonde le marché immobilier vancouvérois de milliers d’acheteurs millionnaires financés par de l’argent étranger. […] Arrêtez de vendre des passeports aux dépens de Vancouver, maintenant», écrit le journaliste basé dans la troisième métropole canadienne. Le ministre canadien de l’Immigration, John McCallum, a toutefois déjà fait savoir le mois dernier qu’il ne contesterait pas le programme québécois.

Au-delà du prix des maisons, des statistiques migratoires et des problèmes de juridictions, l’entêtement du Québec à aller de l’avant avec son Programme des investisseurs va tout simplement à l’encontre des valeurs canadiennes, selon le journaliste Ian Young :

«It is a money-grubbing prank perpetrated upon Vancouver by Quebec. It is a betrayal of Canadian ideals that diminishes residency and citizenship to the status of mere commodities. […] It is a scam, and it needs to stop.»

Traduction libre : «C’est une farce de grippe-sous faite par le Québec sur le dos de Vancouver. C’est une trahison des idéaux canadiens qui rabaisse la résidence et la citoyenneté au rang de viles commodités. […] C’est une escroquerie, et ça doit cesser.»

En 2015-2016, le Programme des investisseurs a accepté 1750 demandes. Pour l’année 2016-2017, ce nombre grimpera à 1900. «L’escroquerie» ne semble pas près de s’arrêter.

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