En parcourant les rues de Montréal depuis deux ans, la clinique mobile de Médecins du Monde a prodigué plus de 6255 soins et rencontré près de 3000 personnes marginalisées inquiètes pour leur santé. Métro a accompagné la clinique sur le terrain.

Par un mercredi après-midi chaud et ensoleillé, Laurence Ethier stationne le camion de Médecins du Monde, bien identifié par son gros logo bleu, devant le square Phillips, au centre-ville. La jeune infirmière y rencontre une bénévole et un travailleur social employé par un organisme local, avec qui elle coordonne l’action de la journée.

Lise Lapierre, la bénévole, est une infirmière à la retraite qui a travaillé longtemps dans le Grand Nord québécois. Son rôle est d’accueillir les patients. «J’aime discuter avec la clientèle. Ce que j’aime moins, c’est l’informatique!» rigole Mme Lapierre, qui doit enregistrer certaines informations sur les visiteurs dans un petit ordinateur.

Olivier Robitaille, le travailleur de rue, part de son côté avertir les patients potentiels de la présence de la clinique. Selon Médecins du Monde, les patients ont en majorité un droit d’accès aux services de santé, mais sont discriminés en raison de leur mode de vie. Ce sont des personnes itinérantes ou à risque de le devenir, des travailleuses du sexe, des utilisateurs de drogues injectables. Près de 30% sont Autochtones.

«Beaucoup de personnes itinérantes et d’utilisateurs de drogues ne veulent rien savoir d’aller dans un CSLC ou à l’hôpital, même si leur santé les inquiète. C’est, entre autres, à cause de mauvaises expériences passées et de la peur d’être jugé. Médecins du Monde vient pour eux, dans leur milieu, alors ils sont moins réticents», commente M. Robitaille.

Mme Ethier, elle, rencontre les patients dans une petite salle d’examen. «Les gens consultent pour des raisons variables: plaies dues à des chutes, dépistage des ITSS (infections transmissibles sexuellement et par le sang), épisodes difficiles liés à des maladies chroniques, fièvre, etc.», rapporte-t-elle.

Lorsque cela est nécessaire, l’infirmière recommande fortement aux patients de consulter un médecin. «On essaie de faire le pont avec le réseau. Par exemple, j’ai déjà confirmé à un patient qu’il avait le doigt fracturé et qu’une intervention médicale devait être effectuée», souligne Mme Ethier. Dans des cas extrêmes, elle n’a d’autre choix que d’appeler une ambulance.

Une trentaine de minutes après l’arrivée du camion, un premier patient se présente. Mme Ethier lui consacre près de 45 minutes, durant lesquelles elle appelle le médecin de garde pour des conseils et fait au patient une prise de sang dont l’échantillon sera analysé grâce à un partenariat avec l’hôpital Saint-Luc. «Ici, on prend le temps d’écouter la personne, sans jugement», note celle qui a travaillé deux ans au rythme effréné des urgences.

«Ça fait du bien de voir des gens qui n’ont pas consulté depuis longtemps et qui décident de s’ouvrir et de prendre soin d’eux.» –Laurence Ethier, infirmière

Après le départ du premier patient, c’est le calme plat. «C’est tranquille aujourd’hui», commente Olivier. L’équipe se dirige alors au coin des rues Guy et Sainte-Catherine, où un homme les visitera pour obtenir les résultats d’un test de dépistage.

Les autres quartiers de Montréal ne sont pas en reste. Sur la base d’un horaire de deux semaines, la clinique offre ses services à Hochelaga-Maisonneuve, Montréal-Nord, Ahuntsic-Cartierville, Parc-Extension, Notre-Dame-de-Grâce, Côte-des-neiges, Saint-Henri et au Plateau-Mont-Royal.

Des moyens qui manquent
Véronique Houle, directrices des opérations nationales de Médecins du Monde, souhaiterait que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) reconnaisse davantage la valeur du travail de son organisme.

En 2016, pour couvrir des dépenses d’environ 760 000$ pour ses interventions locales, qui incluent la clinique mobile, le soutien psychologique en organismes communautaires et sa clinique pour migrants précaires, l’organisme a reçu 176 000$ du MSSS et 68 000$ du gouvernement fédéral. Le reste provient principalement de dons de diverses fondations et du public. Ses revenus sont insuffisants, et l’organisme a enregistré un déficit de 181 000 $ pour cette catégorie de services.

«À terme, on aimerait que le réseau public de la santé fasse lui-même ce travail auprès des plus vulnérables. Mais en attendant, peut-on financer à sa juste valeur le travail des organismes qui le font?» a plaidé Mme Houle.

La directrice estime qu’il y a suffisamment de besoins pour que la clinique soit ouverte 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Il faudrait qu’elle puisse aussi retourner aux mêmes endroits chaque semaine, plutôt que toutes les deux semaines.

L’hôpital rébarbatif pour les gens de la rue

Assis sur le parvis du Sanctuaire du Saint-Sacrement, dans le Plateau-Mont-Royal, François Dulude, 27 ans, explique pourquoi il est allé consulter Médecins du Monde, dont la clinique mobile est stationnée en face. Il est un exemple assez «typique» de la clientèle à laquelle s’adresse ce service.

«J’ai une côte cassée et des plaies sur les mains et les bras. Je me suis pris le doigt dans une porte, le reste est probablement des brûlures, dit ce natif de Longueuil qui vit dans la rue depuis neuf mois. Je passais par ici l’autre jour et j’ai vu le camion, alors je suis venu voir ce qui pouvait être fait pour moi.»

Malgré ses problèmes de santé, M. Dulude affirme qu’il ne serait pas allé à l’hôpital. «Je n’ai pas ma carte d’assurance-maladie. J’aurais été découragé par les heures d’attente à l’urgence, alors qu’il faut que je me trouve de quoi manger et un endroit où dormir. L’hôpital, c’est compliqué.»

D’ailleurs, il dit s’être déjà fracturé le pied et la clavicule et ne pas être allé à l’hôpital. «Maintenant, je viendrais sûrement ici», considère-t-il, très content des soins qu’il a reçus de la part de l’infirmière, notamment des pansements, une référence pour voir un médecin rapidement et une prescription d’antibiotiques.

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