Josie Desmarais/Métro Serge Lamontagne, Valérie Plante et Benoit Dorais

L’administration de Valérie Plante a choisi cette année de ne pas augmenter la taxe foncière générale, mais de hausser les taxes dédiées aux infrastructures. Le compte de taxes des Montréalais augmentera ainsi de 1,7% en moyenne l’an prochain, mais ils pourront étaler le paiement en 6 ou 11 versements.

Dans son budget 2019, dévoilé jeudi matin, la Ville de Montréal prévoit une augmentation de 1,4%, dans l’ensemble, des taxes dédiées à l’eau (+1%) et à la voirie (+0,05%). Elle instaurera par ailleurs une nouvelle taxe relative à l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), qui vise à générer des revenus de 11,4M$, correspondant à une hausse des charges fiscales de 0,35%.

Du côté des arrondissements, la hausse de la taxe de services est de 0,3% en moyenne pour les immeubles résidentiels et de 0,1% pour les bâtiments non résidentiels, dont le secteur est touché par une augmentation des taxes globales de 1,3%. Les sommes versées aux arrondissements seront globalement bonifiées de 25,1M$, pour un total de 904,6M$.

La Ville dit respecter son engagement pris il y a quelques semaines en faveur d’une hausse de taxes «sous le taux d’inflation» pour la région métropolitaine. Le Conference Board du Canada prévoit en effet une inflation de 1,72% en 2019 à Montréal.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, s’est dite jeudi fière de «respecter ses engagements». Elle s’est aussi dite optimiste de présenter un budget «qui rompt avec le passé, à l’image de notre administration».

Le budget 2019 en est un, à ses dires, qui est «pro-économie et pro-écologie». «Il faut cesser de mettre le développement économique en opposition avec la mise en valeur d’espaces verts à Montréal», a-t-elle expliqué, ajoutant qu’il faut impérativement agir pour combattre les changements climatiques. «C’est le défi majeur de notre génération, on ne le dira jamais assez», a-t-elle avancé.

Par des orientations «modernes», Valérie Plante veut faire de la métropole «une ville verte à échelle humaine» sur le long-terme. «Il y a un an, les Montréalais choisissaient un gouvernement de proximité efficace, pour avoir accès aux services auxquels ils ont droit. C’est notre priorité aujourd’hui», a ajouté la mairesse.

Un choix stratégique
Le choix d’augmenter les taxes dédiées – et non la taxe générale – s’explique par un souci de responsabilité et de transparence, selon le président du comité exécutif, Benoit Dorais.

«Dans les prochaines années, notre métropole aura à faire face à des défis budgétaires principalement liés au rattrapage dans les infrastructures de l’eau et de la voirie, et en matière de transport collectif», explique-t-il, dans une déclaration écrite remise aux médias.

Une autre promesse concernant les taxes faite par Benoit Dorais sera tenue en 2019. Les citoyens montréalais pourront payer leur compte de taxes en 6 ou 11 versements plutôt qu’en deux. Cela ne se fera pas strictement sur une base mensuelle, car les comptes de taxes seront toujours transmis au mois de février.

«Dans le compte de taxes que les gens vont recevoir au courant de l’année prochaine, les gens vont pouvoir cocher et nous envoyer différents chèques ou modes de paiement.» -Benoît Dorais, président du comité exécutif.

Des intérêts seront prévus par la loi québécoise sur la fiscalité des municipalités en cas d’étalement sur plusieurs paiements.

En raison de l’augmentation du prix des maisons et de la taxation propre à certains arrondissements, certains secteurs de la ville sont toutefois plus touchés que d’autres par la hausse. Les plus concernés sont Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, où les taxes totales seront haussées de 2,75%, Rosemont–La Petite-Patrie, où l’augmentation s’élèvera à 2,58%, et l’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, où les citoyens encaisseront une majoration de leur compte de taxes de 2,53%.

À l’inverse, les résidants de Lachine verront leurs taxes bondir de 0,55% au total.

Les quotes-parts des villes liées à l’agglomération augmentent de 8,2M$, ce qui représente une hausse moyenne de 2% par rapport à l’exercice précédent. En 2018, les quotes-parts des villes liées avaient augmenté de 5,3%. «Il y a eu un changement dans l’administration et ils ont appris que c’est mieux de travailler avec nous comme partenaires, rapporte le maire de Montréal-Ouest et président de l’Association des municipalités de banlieue, Beny Masella. Mais même avec l’augmentation de seulement 2% il y a encore du travail à faire.»

Montréal majorera de son côté ses quotes-parts à l’agglomération de 4%.

Répit pour les commerçants
Le taux de la taxe foncière générale sur le premier 500 000$ de valeur foncière des immeubles non-résidentiels sera réduit en 2019. L’administration Plante-Dorais suit donc une recommandation phare faite en juin par son comité consultatif sur le commerce de détail, présidé par Guy Cormier.

Selon les services municipaux, cette réduction fiscale bénéficiera aux propriétaires de quelque 22 817 immeubles commerciaux. Près de 57% de ceux-ci, qui valent moins de 500 000$, seront visés par une baisse de taxe d’environ 10%.

«La Ville lance un signal important à la base d’affaires et surtout aux petits commerçants. Elle reconnaît que pour les commerçants, la fiscalité est lourde. Les artères commerciales souffrent, la mairesse cette année avec son budget a clairement entendu le message.» -Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Tous les propriétaires des immeubles dont la valeur est de moins de 3M$ verront ainsi leur compte de taxe baisser l’an prochain. Toutefois, puisque les taxes dédiées (eau, voirie et ARTM) et celles des arrondissements augmenteront, les taxes des grands immeubles non-résidentiels grimperont en moyenne de 1,8%.

La porte-parole nationale de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, Martine Hébert, a salué avec cet allègement fiscal le début d’un rétrécissement de l’écart entre le compte de taxes des commerces et celui des immeubles résidentiels. «C’est un très grand pas en avant après toutes ces années de hausses qu’on a eues. Les commerçants paient un taux de taxation environ quatre fois plus élevé que celui du secteur résidentiel. Que l’administration ait une stratégie  aplanir cette différence, c’est très apprécié.»

Puisque les baux commerciaux incluent généralement le paiement des taxes foncières, les commerçants locataires pourront aussi bénéficier de l’allègement fiscal.

Autre mesure phare du rapport Cormier et promesse faite l’an dernier en campagne électorale, le programme d’aide aux commerçants aux prises avec un chantier majeur a enfin été inclus au budget. Pas moins de 5,2M$ y seront consacrés en 2019. L’administration avait promis 25M$ d’ici 2022. «C’est la première fois que ça a lieu au Canada, rappelle M. Leblanc. Psychologiquement pour les commerçants ça enlève cette impression que la Ville s’en fout. Ça n’a pas besoin d’être une compensation à 100%, on l’a vu en Europe.»

Comme annoncé, les compensations seront rétroactives au 1er janvier 2016.

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