L’agriculture urbaine montréalaise est en train de vivre une véritable renaissance si l’on se fie au nombre d’initiatives actuelles, ainsi qu’à leur popularité. Peut-on pour autant envisager l’autosuffisance?

Avec l’urbanisation croissante, le nombre de fermes n’a cessé de diminuer à Montréal. Il n’en resterait désormais plus que six sur tout le territoire de l’île. Mais les initiatives urbaines connaissent, elles, un véritable boom.

En août 2013, l’organisme Miel Montréal recensait ainsi 341 ruches à Montréal. «Cette année, on devrait atteindre le chiffre de 500», indique Alexandre Beaudoin, cofondateur de Miel Montréal. Dans certains secteurs comme le centre-ville, le nombre de ruches est d’ailleurs en voie d’excéder la capacité florale. Et lorsque le mois d’août est peu pluvieux et donc peu propice à la floraison, les différentes ruches entrent en concurrence, comme ce fut le cas les deux dernières années.

Du côté de l’organisme le Fruits Défendus, on se spécialise dans la cueillette d’arbres fruitiers non utilisés. Avec son réseau de 150 cueilleurs actifs, le groupe a récupéré l’an dernier 5600 livres de fruits chez 80 propriétaires. «On est en plein boom», confie André Spector, qui est aussi coordonnatrice au Santropol Roulant, où aboutit une bonne partie des récoltes qui auraient été perdues autrement.

L’importance accordée au volet social est aussi ce qui caractérise la nouvelle agriculture montréalaise. Outre le Santropol Roulant qui livre des repas à des personnes isolées, la ferme D-Trois-Pierres forme chaque année 18 jeunes en réinsertion sociale au métier de préposé horticole ou de technicien en agriculture. Quant aux vélos Fruixi du carrefour alimentaire Centre-Sud, ils permettent d’offrir de mini-épiceries ambulantes dans des secteurs où les fruiteries ne sont pas légion.

Mais est-ce suffisant pour envisager l’autosuffisance alimentaire? «C’est illusoire d’être autosuffisant à 100%, mais essayons de trouver des créneaux intéressants et de rendre nos espaces plus productifs», lance Jean-Philippe Vermette, cofondateur de l’École d’été en agriculture urbaine, qui traitera notamment cette année de l’autosuffisance.

Dans la foulée des poulaillers (on en compterait une centaine sur l’île, malgré la prohibition), M. Vermette croit au concept de clapiers urbains. «Ça prendrait un abattoir mobile pour régulièrement tuer les lapins, mais c’est envisageable si c’est fait correctement», dit-il. Parmi les autres idées qui sont actuellement en gestation, la transhumance de brebis dans les grands parcs montréalais, comme à Paris, ou une érablière sur le Mont-Royal. «On pourrait aussi envisager un système de ferme aquacole dans le fleuve», selon lui.

À l’image des Fermes Luffa, installées sur les toits, d’Alvéole (qui produit du miel) ou de Champignons Maison (qui offre des kits de croissance pour la maison), Jean-Philippe Vermette s’attend à ce que plusieurs autres entrepreneurs se lancent dans la production intensive. «La ferme Pousse-Menu est un exemple méconnu qui démontre qu’il est possible de beaucoup produire sur de petites surfaces», dit-il

Dans son entrepôt de Montréal-Ouest, à 8km du centre-ville, l’entreprise produit toute une gamme de pousses et de germinations à haute valeur nutritive. «Ce qui est vendu en magasin a été cueilli le matin même», se félicite Philippe Robillard, fondateur de la ferme.

Sur 8000 pieds carrés (bureaux compris), sa ferme est capable de produire 750kg de denrées par semaine. «La prochaine étape serait de créer un kit de départ avec les plateaux, les semences, le terreau et l’éclairage pour les envoyer dans les endroits où il y a eu un désastre», explique l’ancien coopérant.

Les nouveaux agriculteurs montréalais, en plus d’avoir la main verte, ont décidément le cœur à la bonne place.

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