L’Euguélionne, c’était un roman écrit dans les années 1970 par l’auteur Louky Bersianik sur les conditions de vie des femmes et ce sera d’ici la fin de l’année une librairie féministe.

Un collectif formé de cinq jeunes âgés de moins de 30 ans travaillent depuis l’automne dernier sur ce projet de créer un lieu où les écrits féministes seraient mis de l’avant, où les idées issues du mouvement des femmes seraient discutées et où tous, quel que soit leur genre, auraient une place.

Camille Toffoli, Sandrine Bourget-Lapointe, Nicolas Longtin-Martel, Stéphanie Dufresne et Marie-Eve Blais se sont trouvés à la suite d’un coup de gueule de cette dernière sur Facebook qui se demandait quand une librairie féministe verrait le jour à Montréal. C’est qu’en tant que librairie, elle s’offusquait du fait que l’ouvrage de Virgina Woolf, Une Chambre à soi, soit mal classé dans la section littérature plutôt qu’essai littéraire.

«C’est une dynamique de toujours classer les femmes qui écrivent sur la littérature en littérature plutôt qu’en essai», déplore celle qui a semé – sans le savoir – la première graine de ce projet de librairie féministe. L’idée a aussitôt suscité un engouement. Une rencontre a été organisée et hop, le projet était lancé. Et depuis, plusieurs n’hésitent pas à donner un coup main au collectif.

«Francoise Collin, une auteure philosophe féministe, disait que le féminisme est un héritage sans testament. C’est un peu ce qui nous a rassemblé [autour du projet de librairie féministe]. C’est cette envie de s’inscrire dans une histoire et de construire quelque chose de nouveau.» – Marie-Eve Blais, membre du collectif derrière le projet de librairie féministe

Pourquoi une librairie féministe? Parce qu’il n’existe pas une telle ressource spécialisée à Montréal, d’après le collectif, mais aussi parce que la conjoncture est favorable avec les nombreux débats de société qui touchent les conditions de vie des femmes.

«Ça ne sera pas une librairie du féminisme. Ça sera une librairie des féminismes», nuance Stéphanie Dufresne pour illustrer la variété des contenus qui y seront offerts. Métro l’a rencontrée en compagnie de Marie-Eve Blais.

Mais qu’est-ce qu’un livre féministe? Est-il nécessairement écrit par une femme? Le collectif avoue s’être posé ces questions et d’avoir opté pour la diversité des points de vue qui va bien au-delà des enjeux touchant l’égalité des droits entre les hommes et les femmes. «Plusieurs auteurs permettent de penser le féminisme, dit Marie-Eve Blais. Puisqu’on se veut dans une perspective assez large d’une multiplicité des féminismes, c’est important d’avoir aussi des textes qui réfléchissent aux luttes LGBTQ et les luttes antiracistes».

«Il y a un certain discours qui vont placer les jeunes féministes en rupture avec la génération précédente et rejette ce qu’on fait la génération des années 1970 et 1980. On n’a pas nécessairement les mêmes luttes et les mêmes combats, mais ça n’empêche pas de reconnaitre ce qui a été fait avant nous.» – Stéphanie Dufresne, membre du collectif derrière le projet de libraire féministe

L’ouverture de la librairie féministe représente en quelques sortes une solution à un problème de disponibilité des livres mettant de l’avant des idées féministes. Ils occupent souvent un espace restreint dans les librairies généralistes, d’après collectif, sinon ils ne sont carrément plus disponibles chez les distributeurs.

«Ça arrive constamment qu’on ne puisse plus les commander, témoigne la libraire Marie-Eve Blais. Ils sont dans les librairies de livres usagés ou chez l’éditeur. L’idée, c’est de trouver ces livres qui ne sont plus disponibles et de nouer des ententes avec des réseaux universitaires ou de cégep.»

Si le collectif a décidé du contenu de sa future librairie, il ne lui reste plus qu’à trouver le contenant. Il lancera pour ce faire la semaine prochaine une campagne de socio-financement, qui s’étendra jusqu’au mois d’avril. «Après, on pourra chercher pour un local, mais ce qu’on sait, c’est que [la librairie] sera dans le quartier centre-sud, où il y a un grand esprit communautaire», mentionne Stéphanie Dufresne. L’ouverture est espérée pour le mois d’août, tout juste avant la rentrée des classes.

Campagne de financement pour une librairie féministe
Le 14 mars, à 18h, au Sporting Club, 4671 boulevard Saint-Laurent


Envers et contre tous

Les difficultés des librairies indépendantes et l’avènement du livre électronique sont loin de décourager le collectif qui souhaite ouvrir une librairie féministe.
– Il y a beaucoup de gens qui résistent et qui veulent les conseils des libraires et les événements», rapporte la libraire et membres Marie-Eve Blais.
– «Cette impression que le livre va mourir existe depuis 300 ou 400 ans. Et au final, le livre ne meurt jamais. Les librairies réussissent à subsister.»

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