HO HO / La Presse Canadienne

HALIFAX — Le gouvernement libéral est peut-être passé à l’histoire en nommant un premier Terre-Neuvien à la Cour suprême, mais des militants déçus estiment qu’il a raté l’occasion d’accroître la diversité ethnique au sein du plus haut tribunal du pays.

«C’est un autre homme blanc. (…) C’est exactement la même chose que nous faisons depuis des années», a déploré Koren Lightening-Earle, présidente de l’Association du Barreau autochtone, ajoutant qu’elle aurait été «presque contente de n’importe quelle personne de couleur».

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé lundi qu’il recommandait la nomination du juge Malcolm Rowe, de Terre-Neuve-et-Labrador. S’il est officiellement nommé à la Cour suprême, ce sera une première pour la province.

Des universitaires et des juristes autochtones espéraient cependant que le nouveau processus de sélection du gouvernement Trudeau laisserait de côté les critères régionaux pour plutôt s’assurer que des juges autochtones ou noirs soient nommés.

Mme Lightning-Earle explique que bien que les Terre-Neuviens aient attendu des décennies avant de voir un des leurs représenté au plus haut tribunal du pays, les Canadiens autochtones ont encore plus de raisons, historiquement, de réclamer leur place à la cour.

Les Terre-Neuviens «attendent depuis longtemps, mais nous attendons depuis un peu plus longtemps», a-t-elle rappelé.

Plus tôt cette année, une compilation publiée par le magazine «Options politiques» révélait qu’au Canada, à peine un pour cent des 2160 juges des cours supérieures et des tribunaux provinciaux inférieurs étaient d’origine autochtone et que trois pour cent appartenaient à des minorités visibles.

Robert Wright, un travailleur social noir qui milite pour plus de diversité dans la magistrature de la Nouvelle-Écosse, considère que l’annonce de lundi est une déception, compte tenu des signaux envoyés par le gouvernement Trudeau, qui laissaient entendre que le système pourrait être ajusté.

M. Wright estime que le principe de diversité va plus loin que le simple fait de nommer des gens de différentes régions et que cette méthode doit être modifiée afin de reconnaître la diversité du pays.

Il affirme qu’en tant que Néo-Écossais noir, il aurait été satisfait de voir un Noir de n’importe quelle partie du pays nommé à la Cour suprême, et qu’il aurait également été très heureux de la nomination d’un juge autochtone.

Jeffery Hewitt, un professeur de droit de l’Université de Windsor, refuse d’accepter les arguments voulant qu’il n’y ait peut-être pas suffisamment de candidats qualifiés.

«Dites-nous qui a postulé. Donnez-nous la liste. Dites-nous (…) si elle contenait des Autochtones», a demandé M. Hewitt, un Cri qui a offert des conseils juridiques aux Premières Nations.

Une porte-parole du ministère fédéral de la Justice a expliqué que le comité consultatif indépendant qui recommande des candidats au bureau du premier ministre «rapportera ces informations le mois suivant (une) nomination».

Les députés et sénateurs pourront poser leurs questions au juge Malcolm Rowe le 25 octobre.

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