Mario Beauregard/Métro Le Dr Judes Poirier

Directeur de la recherche sur le vieillissement et spécialiste de la maladie d’Alzheimer au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, le Dr Judes Poirier s’est penché dans son livre Jeune et centenaire sur l’augmentation sensible du nombre de centenaires. Un phénomène qui va continuer à croitre et auquel les pouvoirs publics vont devoir s’y pencher avec plus d’attention, explique-t-il.

Comment expliquez-vous cette hausse considérable du nombre de centenaires?
Tout a vraiment commencé dans les années 1970. Il y a 2000 ans, Jésus, en mourant à 33 ans, était un vieillard. L’espérance de vie n’était que de 27 ans et ne s’est pas beaucoup améliorée au fil des siècles. En 1800, elle était de 35 ans. On mourait d’infections. Depuis, on a inventé les vaccins, les antibiotiques, et les courbes sont fascinantes. Maintenant, tous les 10 ans, on gagne 2, 3 ans d’espérance de vie dans le monde occidental.

Parmi ces centenaires, 9 sur 10 sont des femmes. Pourquoi?
Il suffit d’aller au restaurant et de regarder les assiettes pour comprendre. Les conjointes commandent souvent une salade pour accompagner un poisson, les hommes, eux, prennent des côtes levées et des frites. Depuis l’émancipation de la femme, durant les années 1970 et 1980, elles ont une sensibilité pour la santé, l’hygiène et le bien-être. Les hommes sont encore un peu à la traîne, sont parfois plus sédentaires mais si l’on constate de plus en plus d’améliorations.

Existe-t-il une recette pour devenir centenaire?
Certains boivent du vin tous les jours, d’autres ne touchent pas à l’alcool ou prennent du miel, mais tous ont quelques points en commun: ils sont sociaux, actifs et ne laissent pas l’anxiété les envahir. Ils contrôlent leur vie. Ce sont des personnes qui, même après leur retraite, ont été bénévolement très impliqués. Un centenaire qui vit seul, dans son coin, ça n’existe pas.

La génétique entre-t-elle en compte?
Oui, il y a une composante génétique qui joue pour environ 30%. Le reste est lié à l’environnement et l’hygiène de vie. Il faut adapter son alimentation, bouger, faire de l’exercice. L’idéal, c’est de ne jamais arrêter d’être actif.


Le Québec est-il prêt à accueillir autant de centenaires?
On est fier de nos centenaires, mais ils veulent vieillir dans la dignité. C’est certain, il faut davantage de services, des structures, et surtout, des aides financières pérennes. Pour vivre longtemps, il est préférable de rester auprès de sa famille, d’interagir, de participer à la vie familiale, plutôt que d’aller, trop tôt, dans une résidence. Mais il faut soulager financièrement ces familles.

Jeune et centenaire Judes PoirierLe vieillissement de la population pourrait-il devenir un problème?
Il peut, si et seulement si, on n’arrive pas à solutionner les maladies du vieillissement, comme l’Alzheimer. Les gens n’ont pas peur de vivre vieux, mais ne veulent pas vivre 20 ans de plus en étant malade. Si on ne règle pas ces maladies, on aura un sérieux problème de santé publique.

Les investissements sont-ils suffisants?
Malheureusement, la recherche sur le vieillissement est l’un des parents pauvres. On a de la difficulté à susciter l’intérêt des politiciens même si les résultats sont clairs: plus l’investissement est important, plus on réduit quantitativement le taux de mortalité. De 2000 à 2006 par exemple, le Canada et les États-Unis ont investi 2G$ par an sur la recherche pour le cancer de la prostate et les maladies cardiaques. Le taux de mortalité a diminué de 10% et 18%. Durant la même période, seulement 400M$ ont été consacrés à Alzheimer, et le taux de mortalité a bondi de 46%.

Comment expliquez-vous cela?
Les explications sont multiples: le coût est énorme, les personnes âgées sont moins vocales, ne manifestent pas, et, il faut l’admettre, on a de la difficulté à trouver des solutions. Guérir de la maladie d’Alzheimer est toujours impossible. On se concentre sur les maladies touchant les travailleurs, ceux qui payent des impôts.

Jeune et centenaire, éditions Trécarré, en librairie mercredi

Aussi dans Montréal :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!