La Presse Canadienne Bill Morneau et Justin Trudeau

OTTAWA — Le gouvernement libéral jette les bases de la «budgétisation fondée sur le sexe» dans le troisième exercice financier d’inspiration résolument féministe qu’a déposé mardi le ministre des Finances, Bill Morneau.

L’égalité entre les hommes et les femmes — un thème dont Justin Trudeau fait la promotion sur toutes les tribunes et qui sera par ailleurs l’un des sujets centraux au sommet du G7, en juin prochain — occupe une place prépondérante dans la brique de 425 pages.

On mentionne abondamment, dans ce budget écrit à l’encre rouge, que le gouvernement doit créer un climat propice pour inciter davantage de femmes à investir le marché du travail, car elles sont des forces motrices de croissance économique.

Selon une étude du McKinsey Global Institute citée par le ministre Morneau dans son discours en Chambre, la prise de mesures pour stimuler leur présence sur le marché du travail pourrait se traduire par une injection de 150 milliards $ dans l’économie du Canada d’ici 2026.

C’est pourquoi Ottawa souhaite faire tomber certaines barrières pouvant décourager les femmes de se lancer. D’abord, Ottawa veut s’attaquer aux inégalités salariales — les femmes empochent un salaire médian annuel 31 pour cent moins élevé que celui des hommes.

Pour contribuer à améliorer cette situation, le gouvernement créera un régime d’équité salariale dans les secteurs sous réglementation fédérale, une mesure qui touchera quelque 1,2 million de salariés et qui sera contenue dans le projet de loi de mise en oeuvre budgétaire.

La loi proactive abrogerait des lois existantes comme la Loi sur l’équité dans la rémunération du secteur public. Adoptée sous les conservateurs en 2009, elle n’a pas donné les résultats escomptés, ont expliqué des fonctionnaires du ministère des Finances au huis clos du budget.

Celle que comptent instaurer les libéraux, qui avaient signifié leurs intentions il y a belle lurette, s’appliquerait aux employeurs fédéraux comptant au moins dix employés et établirait un processus d’équité salariale simplifié pour ceux comptant moins de 100 employés.

«Et nous espérons que cet exemple amènera tous les employeurs à réfléchir sur la sous-évaluation du travail accompli par des femmes qu’on voit trop souvent», a lancé le ministre Morneau dans son discours du budget, mardi après-midi.

Ensuite, en s’inspirant du modèle québécois, le fédéral met en place une prestation pour les nouveaux pères à travers le pays. Coût de l’opération: 1,2 milliard $ sur cinq ans, à compter de 2018-2019, puis 344,7 millions $ par année par la suite.

Cette mesure, qui ne change rien à ce qui est déjà en place au Québec, doit favoriser la «démarginalisation économique des femmes», entre autres parce qu’elle réduit la discrimination à l’embauche, est-il mentionné dans le budget. Elle devrait être en vigueur dès juin 2019.

Le gouvernement Trudeau a aussi pensé à ces femmes qui, comme les députées Christine Moore, Marilène Gill, Niki Ashton et Karina Gould, n’ont pas voulu faire de choix entre mener une carrière en politique fédérale et fonder une famille.

Il proposera ainsi des modifications à la Loi sur le Parlement du Canada afin de permettre aux parlementaires de prendre un congé de maternité et parental.

Le gouvernement délie aussi les cordons de la bourse pour une série d’autres mesures visant une plus grande égalité hommes-femmes, dont la bonification du budget du ministère de la Condition féminine (100 millions $ sur cinq ans).

On saupoudre aussi quelques millions ici et là pour diverses initiatives en matière de féminisme et de croissance inclusive.

Un montant de 1,8 million $ sur deux ans servira à «mobiliser les hommes et les garçons pour promouvoir l’égalité des sexes», et une enveloppe de 7,2 millions $ sur cinq ans financera la «conversation nationale avec les jeunes Canadiens sur l’égalité des sexes».

Et pour ceux qui travailleraient à contre-courant des velléités gouvernementales, on menace de sortir le bâton.

À compter de 2019, les universités «qui ne mettent pas en oeuvre les pratiques exemplaires contre les agressions sexuelles» sur leur campus pourraient ainsi se voir retirer leur financement fédéral, signale-t-on dans le budget.

Ces mesures égalitaires, comme toutes les autres contenues dans le budget, sont frappées du sceau d’approbation «ACS+» (pour «analyse comparative entre les sexes), ce qui constitue une première, se félicite le gouvernement Trudeau.

Et pour que les futurs gouvernements utilisent aussi cette grille d’analyse évaluant les impacts des mesures sur les hommes, les femmes, les communautés ethniques ou encore l’orientation sexuelle, les libéraux comptent enchâsser l’ACS+ dans une loi.

Un projet de loi sera déposé à cette fin, promet-on dans le budget, sans toutefois préciser d’échéancier.

La couleur féministe de ce troisième exercice financier signé par Bill Morneau a généralement plu aux partis d’opposition. Le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, a toutefois regretté qu’aucun montant d’argent ne soit associé à la mesure législative sur l’équité salariale.

«Il n’y a aucun investissement, alors ça, c’est un grand problème», a-t-il dit en point de presse dans le foyer de la Chambre. Combien faudrait-il investir? Le chef Singh n’a pas été en mesure de le préciser — «plus que zéro», s’est-il tout au plus contenté d’offrir.

Le chef conservateur Andrew Scheer a pour sa part critiqué le régime libéral de prestations parentales. Il a argué que celui élaboré dans le projet de loi d’initiative parlementaire qu’il a déposé en Chambre début février lui était supérieur.

«Notre plan va éliminer les taxes sur les prestations pour le congé parental», alors que celui ébauché par les libéraux ne change rien à cette situation, a expliqué le leader de l’opposition officielle.

Au Bloc québécois, la chef Martine Ouellet juge que c’est «tant mieux pour le Canada s’ils rattrapent les 20 années de retard sur l’équité salariale» — la loi québécoise en cette matière a été adoptée en 1996.

Le député Xavier Barsalou-Duval, lui, pouvait difficilement critiquer une autre petite pépite contenue dans ce budget — l’intention d’adopter des mesures pour favoriser la conciliation travail-famille pour les élus de la Chambre des communes.

«Ça nous touche, alors on est contents», a-t-il lâché au micro sous le regard de sa conjointe Marilène Gill, qui tenait dans ses bras leur petit Ulysse, âgé de cinq mois, qui est déjà un habitué de la période des questions.

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