Ryan Remiorz Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Brandissant dans les airs ses deux boîtes de cannabis, sous les applaudissements de ceux qui faisaient toujours la file pour s’en procurer, c’est ainsi que Steve a célébré le 17 octobre, jour où le cannabis récréatif est devenu légal au Canada, d’un océan à l’autre.

L’homme de 38 ans était arrivé mercredi à 3 h 30 du matin devant la succursale de la Société québécoise du cannabis (SQDC) de la rue Saint-Hubert, à Montréal.

Premier entré, premier ressorti avec ses achats, dans un discret sac en papier brun, sans logo ni écritures.

«C’est une journée importante. C’est une journée historique. Je suis content que ça arrive pendant que je suis vivant.»

Et Steve n’a pas été le seul à ne pas avoir voulu rater ce rendez-vous avec l’histoire.

Les Québécois ont été nombreux à l’imiter au fil de la journée, alors que la SQDC avait compilé 6000 commandes en boutique et 18 000 commandes en ligne à 16 heures, mercredi.

Peu avant son ouverture à 10 h, plus de 250 personnes, en très grande majorité des hommes, attendaient de pouvoir entrer dans la succursale de la rue Saint-Hubert.

La plupart d’entre eux attendaient calmement et semblaient de bonne humeur, sans signe d’impatience devant la longueur de la file. Quelques-uns n’avaient pas attendu et fumaient déjà un joint de cannabis. Les deux policiers présents n’intervenaient que pour dégager de l’espace sur les trottoirs.

Devant la succursale du centre-ville de Montréal, l’ambiance était plus festive: les futurs clients se prenaient en photo avant d’entrer, et montraient joyeusement aux journalistes comment rouler un joint.

À Québec, une centaine de personnes, principalement des jeunes hommes, bravaient la pluie et le froid à la porte de la succursale du boulevard Lebourgneuf; certains ont dit avoir pris congé pour l’occasion. Des effluves de cannabis flottaient sur la foule. Lorsque les portes ont été ouvertes, un client a crié «vive le Québec libre!», au moment où un groupe d’environ 20 personnes était admis.

«Quand ça fait 50 ans que tu te caches pour acheter et que là, c’est légal, c’est un gros changement, a dit un client à Québec, André St-Gelais, un homme de 66 ans. La qualité est contrôlée. (…) Quand tu vas chez ton ‘pusher’, tu sais pas exactement ce que tu as.»

Un autre client, Olivier Ferro, a tenu à être présent pour l’occasion, même s’il n’écarte pas l’idée d’acheter éventuellement du cannabis via le portail web de la SQDC.

Tous ceux qui sont ressortis du magasin étaient satisfaits.

«C’est bien fait. On a acheté un peu de tout, un peu de chaque catégorie, pour voir ce que ça va donner. Les conseillers ont l’air très bien formés, on voit qu’ils savent très bien de quoi ils parlent. C’est bien géré. On pensait que ça allait prendre beaucoup de temps, mais le service est très rapide», a confié ce dernier à sa sortie de la boutique, après avoir fait l’achat de différents produits, dont des fleurs de cannabis, gélules et joints préroulés.

Et le coût? «C’est sûr que le prix varie dépendamment de la qualité. Mais en général, c’est moins cher que ce que tu trouves sur la rue», a déclaré Andrew Karim à Montréal, sac à la main. Le gramme de cannabis est vendu à partir de 5,25 $, taxes incluses.

Dans la métropole, plusieurs jeunes qui attendaient dans le froid disaient être là par curiosité, pour voir l’éventail de produits — 110 sont actuellement offerts. Beaucoup se disaient contents de pouvoir acheter leur cannabis sans devoir s’inquiéter des substances chimiques qui auraient pu être ajoutées à leur herbe.

Jacqueline Dagenais, âgée de 55 ans, voulait participer à ce «moment historique», qui lui rappelle la fin de la prohibition de l’alcool au début du siècle dernier. Elle confie aussi avoir été trop craintive pour en acheter au noir à Montréal. «J’avais peur de tomber sur un policier déguisé en « pusher ».»

Mario Beaulieu fume depuis 10 ans «dans l’illégalité», a-t-il révélé. «Me sentir citoyen à part entière, j’attendais ça depuis longtemps.»

Alors que le cannabis est surtout connu pour ses feuilles séchées prêtes à être roulées en joint, beaucoup de gens faisaient la file mercredi matin pour l’acheter sous d’autres formes, surtout de l’huile et des pilules.

Le Canada devient le seul pays du G7 où la substance est légale partout sur son territoire et le 2e au monde après l’Uruguay.

Des craintes demeurent

La date du 17 octobre 2018 marquera l’histoire du pays, mais certaines craintes demeurent. Et surtout, malgré la légalisation, pas question d’acheter du cannabis de n’importe qui ni de le consommer partout et en toutes circonstances.

À compter de ce mercredi, une personne aura le droit de transporter jusqu’à 30 grammes de cannabis sur elle, et de posséder 150 grammes dans une résidence privée, sans être inquiétée par les forces policières.

Au Québec, il faudra avoir au moins 18 ans pour en consommer, comme en Alberta. Toutes les autres provinces ont plutôt choisi un âge minimum de 19 ans. Cela pourrait toutefois changer dans la Belle Province, la Coalition avenir Québec ayant affirmé à plusieurs reprises son intention de repousser l’âge à 21 ans.

Sur le territoire québécois, le cannabis ne pourra être acheté qu’à un seul endroit: dans les succursales de la SQDC. Douze magasins ont ouvert mercredi matin. Et partout au Québec, l’achat en ligne est maintenant possible.

Il ne sera pas possible de cultiver son propre cannabis à la maison au Québec, même si le gouvernement fédéral donne la possibilité de faire pousser jusqu’à quatre plants par résidence. Le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, par exemple, permettent jusqu’à quatre plants.

Sur les routes québécoises, il demeure interdit de conduire avec les facultés affaiblies par le cannabis, comme par toute autre drogue. Le permis d’un contrevenant peut être suspendu sur-le-champ, pour une durée de 90 jours, et son véhicule peut aussi être saisi.

Et alors que la loi du Québec interdit la consommation de cannabis aux mêmes endroits que le tabac — il sera donc permis de fumer dans la rue, mais pas dans les commerces, bars et restaurants, pas plus que sur les terrains des cégeps et des universités, entre autres — plusieurs municipalités ont légiféré pour l’interdire dans tous les endroits publics extérieurs, au même titre que l’alcool. Les interdictions vont donc varier d’une municipalité à l’autre.

Au Québec, des propriétaires de logements et des syndicats de condominiums ont aussi décidé d’en prohiber la consommation à l’intérieur des logis.

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