Pablo A. Ortiz/Métro

Près de 7000 agriculteurs et consommateurs ont déferlé dans les rues de Montréal dimanche pour critiquer l’accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC) signé par Ottawa, qu’ils accusent d’avoir sacrifié les producteurs agricoles québécois.

L’Union des producteurs agricoles (UPA), l’unique syndicat autorisé à gérer les quotas de mise en marché des producteurs québécois, a rassemblé sous sa bannière des agriculteurs de partout dans la province. Tous ont marché dans le froid contre les accords de libre-échange, qui ont augmenté petit à petit la quantité de produits agricoles étrangers que le Canada importe. Le président de l’UPA, Marcel Groleau, ne décolère pas depuis que la première mouture de l’AEUMC a été présentée aux Canadiens. «C’est la goutte qui a fait déborder le vase, a-t-il lancé. On sait que le Canada négocie d’autres ententes, et on ne veut pas, cette fois, être sacrifiés pour un autre accord commercial. On ne veut pas que l’agriculture du Québec soit sacrifiée une autre fois», a poursuivi M. Groleau.

L’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), adopté en 2016, a ouvert la part du marché laitier de 3,25% aux producteurs étrangers. Puis l’Accord économique et commercial global (AECG) signé avec l’Europe a encore augmenté les quotas d’importation de 2%. Enfin, l’AEUMC, qui n’a pas encore été adopté officiellement, fera, lui, hausser les quotas d’importation de 3,59%. En deux ans, le Canada importera 8% de lait supplémentaire, alors que son système de gestion de l’offre est censé garantir une production de lait suffisante pour les Canadiens.

Les producteurs laitiers québécois se sont retrouvés en première ligne face aux conséquences de ces accords et ont dénoncé dimanche une concurrence déloyale, qui menacerait les fermes laitières québécoises.

«Sacrifié», c’est le mot qu’a aussi employé Éric Beauregard, un producteur laitier de Montérégie qui possède une ferme de 70 vaches, pour qualifier l’AEUMC et tous les accords qui l’ont précédé.

«Présentement, on perd grosso modo de 20 000 à 25 000$ cette année avec ce nouvel accord. Ça fait plusieurs fois que le gouvernement laisse passer. Ils disaient que ce serait des petits volumes – 3%, 2% de lait importé –, mais sur le total, c’est 30 jours de production qu’on perd», a-t-il témoigné, se sentant trahit par le gouvernement fédéral, qui a négocié cet accord.

Le «double discours» de l’UPA
Dans l’immense foule de dimanche, une poignée d’incorrigibles détonnait avec le reste des marcheurs. Une dizaine de manifestants avait dans les mains des drapeaux aux couleurs de l’Union paysanne (UP) plutôt que les pancartes de l’UPA. Créée en 2001, l’Union paysanne ne se retrouve pas dans le modèle défendu par l’UPA et souhaite que son monopole syndical cesse, pour que d’autres visions de l’agriculture émergent au Québec.

Si l’UPA met beaucoup de l’avant les producteurs laitiers, l’Union paysanne souhaite pointer du doigt l’hypocrisie du syndicat dans sa gestion des quotas et de la mise en marché de la viande ou des œufs. «À l’Union paysanne, on veut pouvoir choisir le moyen de production, la mise en marché et à qui on vend les produits. Actuellement, il y a plein de producteurs qui sont dans un système sur lequel ils n’ont aucun contrôle», a dénoncé la coordonnatrice de l’UP, Marie-Josée Renaud, pendant la manifestation.

Pour le président de l’UP, Maxime Laplante, l’UPA a joué un double jeu, dimanche, en critiquant un système qu’elle a elle-même favorisé. Il a accusé l’UPA de contrôler les quotas qui profiteraient aux plus gros acteurs du marché agricole, en laissant mourir à petit feu les fermes de moindre envergure.

«Là où le système de quotas a complètement dérapé, c’est que l’attribution de quotas est contrôlée par le cartel privé de l’UPA. Les détenteurs de quotas se sont accaparés le marché et décident eux même de la concurrence. C’est un conflit d’intérêts structurel à large échelle, comme si on attribuait à Walmart le pouvoir de décider qui serait ses concurrents sur le marché», a-t-il dénoncé.

L’Union paysanne se bat, par exemple, pour augmenter le nombre de volailles qu’un producteur peut élever pour sa viande ou ses œufs sans avoir besoin de payer ce précieux quota, qui se font de plus en plus rares, et dont les prix sont peu accessibles aux petits producteurs. Actuellement, la limite de production hors quota est fixée à 100 volailles.

«Mais si tu veux acheter des quotas et entrer dans le système, il faut payer ta cotisation à la fédération pour la mise en marché. Là, ça te coûte tellement cher qu’en bas de 1 000 ou 2 000, oublie ça», a détaillé Mme Renaud. Or, l’UPA s’est toujours opposée à cette demande et a contesté la proposition de l’Union paysanne devant la régie des marchés agricoles. Pour l’UP, augmenter le nombre de volailles hors quota permettrait de favoriser l’agriculture locale et les circuits courts, moins polluants que les gros élevages.

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