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Depuis des mois les associations de coopération internationale n’osaient critiquer le gouvernement fédéral de peur de ne pas recevoir de subvention. Mercredi, des organismes québécois ont brisé le silence et dénoncé les décisions des conservateurs.

«On refuse de jouer dans un mauvais film qui s’appelle «On ne mord pas la main qui nous nourrit», a dénoncé Denis Labelle, président de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI).

Depuis 2010, les processus d’attribution du financement de l’Agence canadienne du développement international (ACDI) a changé. La liste de projets financés, dévoilée le 23 décembre, a confirmé les craintes de plusieurs organismes.

Le refus ou l’octroi de subventions se ferait en fonction de critères idéologiques, a expliqué  à mots couverts M. Labelle, en mentionnant qu’il ne croyait pas au hasard.

Dans les dernières années, le financement de l’association KAIROS et du Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI) n’a pas été renouvelé après plus de 30 ans de collaboration avec l’ACDI. Des médias avançaient à l’époque que cela était dû aux fait que ces associations avaient critiqué le gouvernement. Une douzaine de groupe de femmes avaient subi le même sort.

Le Centre international de solidarité ouvrière (CISO), qui est une organisation intersyndicale de solidarité internationale, s’inquiète de la situation. «Depuis 2010, aucun projet présenté par une organisation syndicale au Canada et au Québec s’est vu accorder un financement», a indiqué Michèle Assselin, coordonatrice du CISO, qui est membre de l’AQOCI.

L’AQOCI ne s’explique pas non plus que la fondation Lundin for Africa, qui appartient à plusieurs entreprises minières de l’Alberta, ait reçu 4,5 M$ en financement. L’AQOCI se demande pourquoi ce serait aux contribuables de payer pour des entreprises qui génèrent d’énormes profits.

«C’est comme si les compagnies de cigarettes mettaient sur pied une fondation pour soigner les personnes atteintes de cancer et que le gouvernement finançait cette fondation», a illustré M. Labelle.

Des 65 organisations membres de l’AQOCI, seule l’AMIE, un groupe d’aide internationale à l’enfance, a reçu un financement cette année, qui se chiffre à 922 000$.

Cette situation d’insécurité provoque des coupes d’activités voire l’arrêt de projets, ainsi que des diminutions de personnel. «C’est la crédibilité du Canada qui est train d’être sapée à l’international», a souligné Gervais l’Heureux, directeur-général de l’AQOCI.

La survie du CISO, qui existe depuis 1975, est directement menacée par ces coupes.

L’AQOCI tente de rencontrer le gouvernement depuis plusieurs mois. Toutes les demandes de rencontres auprès des députés conservateurs ont essuyé un refus ou sont restées lettres mortes.

Logique de marché

Selon l’AQOCI, le processus de financement répond désormais à une logique de marché. Le Conseil canadien pour la coopération internationale a d’ailleurs publié le 2 mars dernier un rapport documentant les impacts négatifs du mécanisme de financement de l’ACDI.

L’ACDI exige en effet de pouvoir mesurer les résultats ce qui favorise les projets à court terme. Les grands organismes sont aussi avantagés par la création de deux catégories, soit les projet à 2 M$ et plus et ceux entre 100 000$ et 2 M$. Les petits organismes sont particulièrement nombreux dans cette catégorie, la compétition est donc féroce. Deuxième obstacle: les organismes qui obtiennent des fonds doivent payer 25% de la réalisation de leurs projets.

Au moment de mettre sous presse, Métro attendait toujours le retour d’appel de l’ACDI.

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