AZ Films Adèle Haenel (à gauche) tient le rôle principal dans La fille inconnue.

Les frères Dardenne explorent le sentiment de culpabilité par l’entremise de leur récent opus humaniste La fille inconnue.

La dernière fois que nous avons eu des nouvelles des frangins belges doublement palmés, c’était pour Deux jours, une nuit, un suspense haletant qui mettait en vedette Marion Cotillard. Les voilà toujours dans le thriller psychologique, mais cette fois par l’entremise d’une jeune médecin (Adèle Haenel, dans un rôle spécialement réécrit pour elle, alors que son personnage devait à l’origine être plus âgé) qui se sent coupable de ne pas avoir ouvert la porte de sa clinique à une adolescente qui a été retrouvée morte. Obsédée par cette fille inconnue, l’héroïne – une battante comme Rosetta et Lorna – fera tout pour connaître son nom.

Bien que l’investigation flirte avec les éléments du film noir, c’est la quête morale de l’intrigue qui happe. Celle de la protagoniste qui se rend compte de la souffrance des autres en découvrant leur existence. Une situation qui sert de métaphore au contexte social et politique actuel.

«Le film renvoie à ce qui se passe en Europe, relève le coréalisateur Jean-Pierre Dardenne, joint au téléphone. Les différents pays européens n’arrivent pas à trouver ensemble des solutions dignes pour accueillir ces gens qui viennent frapper à leurs portes. Chacun d’entre nous rejette sur l’autre la responsabilité de ce qu’il a à faire et ne vient pas en aide par exemple aux pays comme l’Italie et la Grèce qui, en raison de leur géographie, reçoivent ces vagues de gens.»

«Ce film est plus explicitement lumineux que nos précédents. C’est mon sentiment personnel. Dans notre cinéma, on n’a jamais pris la posture du désespoir. On essaye de raconter que finalement la vie est la plus forte, même si parfois c’est difficile.» -Jean-Pierre Dardenne, sur La fille inconnue

Contrairement aux précédentes offrandes du duo, comme Le fils et L’enfant, qui sont plus nerveux, physiques et toujours en mouvement, La fille inconnue s’avère beaucoup plus calme avec ses nombreux longs plans fixes. «Il nous a semblé que l’histoire imposait ça, assure Jean-Pierre Dardenne. Le médecin est un personnage qui écoute. On s’est dit que pour filmer quelqu’un qui écoute, il faut le montrer en train d’écouter! C’était notre axe de mise en scène.»

Cette technique peut rendre le long métrage plus froid, plus clinique, et tenir le cinéphile à distance, ce qui ne l’empêche pas de bouleverser celui-ci avant la fin. «On a été attentifs aux gestes, aux regards, au fait que notre héroïne s’assied ou qu’elle est debout, qu’elle est comme la patiente, développe Luc Dardenne, l’autre moitié du tandem, en tentant d’expliquer leur façon d’insuffler de l’émotion aux personnages. Plus le film avance, plus on sent que l’esprit de la médecin est occupé par le fantôme de la disparue. En même temps, elle découvre qu’elle est plus proche de ce qu’elle est en fait et qu’elle ignorait au début du film, c’est-à-dire quelqu’un qui a beaucoup d’empathie, qui est proche des gens.»

 

La fille inconnue
En salles dès vendredi

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