Flammarion Laurent Seksik

Laurent Seksik explore la face cachée d’un des plus grands romanciers du XXe siècle dans Romain Gary s’en va-t-en guerre.

Qui était Romain Gary, cet écrivain aux mille visages qui a été tour à tour pilote, diplomate, cinéaste et qui s’est même inventé des pseudonymes comme Émile Ajar afin de remporter un second prix Goncourt?

«J’ai essayé de chercher la clé, le secret de sa vie», confie l’auteur Laurent Seksik, récemment de passage à Montréal.

Si la légende veut que la mère du créateur de La promesse de l’aube ait toujours été au cœur de son œuvre, c’est la figure du père trop longtemps enfouie dans l’ombre qui est ici ressuscitée. «Son existence doit receler un mystère, avoue celui qui en est à son huitième roman. Gary a menti sur son père : il s’en est inventé un. Le récit de son existence n’a été qu’un fake.»

«Ma technique narrative ressemble à ce que je faisais quand j’étais médecin. J’utilise l’empathie. Je me mets simplement à la place de mes personnages.» – Laurent Seksik, qui se consacre maintenant à temps plein à la littérature.

À l’aide de recherches exhaustives, Laurent Seksik tente d’élucider un traumatisme en captant ce moment où le destin bascule. Le tout se déroule dans le ghetto juif de Wilno (aujourd’hui Vilnius), au cours d’une période de 24 heures en janvier 1925. Le récit épouse les regards de trois personnages – le fils, la mère et le père – œuvrant dans un climat d’incertitude.

«J’ai une écriture qui est un peu cinématographique, concède le romancier. Les dialogues sont importants et, comme je m’ennuie très vite, j’ai besoin de ces trois subjectivités-là afin de raconter l’histoire.»

Révélateur, le bouquin déborde d’humanité, alors la dureté du propos et de l’époque n’éclipse pas totalement cette espérance de jours meilleurs. «Ça donne le sens du tragique et de l’espoir, expose l’auteur. Et la littérature, c’est un mélange de ça.»

Depuis son adolescence, Laurent Seksik cherchait à écrire sur cet homme qui le fascinait tant. Et il y est parvenu à un moment fondamental. «J’écrivais la fin du livre pendant que mon père était en train de mourir. Il y a donc une émotion qui est un peu différente, qui est peut-être un peu plus puissante que celle qu’il y a dans mes autres livres.»

L’art de l’exofiction
Laurent Seksik est passé maître dans l’art de la biographie romancée. Romain Gary s’en va-t-en guerre est d’ailleurs la conclusion d’une trilogie qui comprend Les derniers jours de Stefan Zweig et Le cas Eduard Einstein.

«C’est comme lorsqu’on fait un biopic au cinéma, révèle le romancier. Ce qui est intéressant, c’est de développer la vérité du personnage… Il n’y a même pas besoin de rajouter de la fiction, parce que la réalité est plus forte que la fiction. On réinvente un monde. C’est ça, le vrai bonheur de la littérature et de l’écriture.»

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