François Couture/Collaboration spéciale «Ce n’est pas évident de parler d’amour et de désir sans être kitsch», estime Stéphanie Filion.

Après avoir écrit quelques recueils de poésie, Stéphanie Filion se lance dans la fiction avec son premier roman, Grand fauchage intérieur, qui traite de renaissance.

Il n’y a probablement pas de meilleur endroit pour situer l’action de ce livre que le Liban, un pays dont est tombée amoureuse son auteure et qui porte toujours les citations d’un passé douloureux marqué par la guerre.

Le lieu qui a dû se reconstruire à de nombreuses reprises est à l’image de l’héroïne, une femme au destin difficile qui cherche à emprisonner le temps dans ses photographies. Une façon de dompter la mort pour mieux l’accepter.

Ce qui happe immédiatement est cette façon de jouer des détails, des sensations, des odeurs, des couleurs et de la chaleur afin de créer un sentiment palpable de vie et de beauté.

«Je ne me sens pas comme une intellectuelle, mais comme une sensuelle, explique la romancière, rencontrée dans un café du Mile End. Je perçois le monde extérieur par mes sens et je n’essaie pas trop de l’analyser. Le travail sur le quotidien est quelque chose qui m’a toujours intéressée.»

Ce souci de proximité avec les phénomènes permet de rendre tangibles les éléments oniriques qui se greffent à l’intrigue, demeurant comme chez Yôko Ogawa et Haruki Murakami dans un cadre réaliste.

«Je cherchais une façon d’habiter Beyrouth. J’ai fait lire le livre à une Libanaise et elle était convaincue que c’était mon histoire. OK, ça fonctionne
vraiment bien si on y croit tant que ça!» – Stéphanie Filion, qui a mis sept ans pour écrire Grand fauchage intérieur

«Il n’y a pas beaucoup de romans avec du fantastique ou de l’étrange dans la littérature contemporaine québécoise», rappelle l’écrivaine.

Une fois qu’on accepte ce subtil mélange des genres, un lâcher-prise s’opère, s’apparentant à celui du personnage principal, qui laisse entrer dans son existence un semblant de romance.

«Ce n’est pas évident de parler d’amour et de désir sans être kitsch, maintient Stéphanie Filion. C’est une question qui m’obsédait, parce que j’avais peur de tomber dedans. Ce n’est pas tant au niveau du désir que de l’émotion et du détachement. Ce sont des choses assez fragiles, et on peut facilement verser dans le cliché ou brosser un portrait trop gros en en parlant. C’est tout un travail de garder ça dans le non-dit, de resserrer l’émotion et de ne pas en laisser trop paraître.»

Plus qu’une métaphore
Grand fauchage intérieur tire son titre d’une technique de judo, un art martial qui se retrouve en filigrane tout au long du roman. «J’aimais ce que le judo amenait comme idées, que ce soit au niveau de la chute ou de la déstabilisation, explique son auteure, Stéphanie Filion. Je te pousse, je te tire, je te tiens, je te prends un peu d’espace, je recule: on le voit dans les combats de judo, mais c’est également comme ça que ça fonctionne dans l’art de la séduction et du désir.»

Grand fauchage intérieur (éditions du Boréal) est disponible en librairies dès mardi.

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