Macaroni tout garni, Degrassi, La petite vie. Des classiques d’autrefois qui ne méritaient pas qu’on les oublie. Bon, d’accord, on ne les aurait pas réellement oubliés. Mais encore, où les trouver? Et les réécouter, encore une fois? Eh bien là. Encore+ là.

Encore, comme «rappel» en anglais. Encore, comme, ben, encore.

Avec la chaîne YouTube coiffée de ce nom (suivi d’un signe +), il y a cette idée d’additionner. Encore plus de contenu semaine après semaine. Mais du contenu d’avant. Qui n’était plus disponible. Que des fans ou des curieux cherchaient désespérément. «Où est-ce qu’on peut voir Degrassi? Avec Drake dedans, petit?»

Ici. Enfin, sur Encore+. Une initiative mise en œuvre par le Fonds des médias du Canada (FMC), lancée mardi à Toronto, dans les bureaux de Google décorés pour l’occasion de coussins à l’effigie du bouton play de YouTube. Des bureaux où chacun y allait de son coup de cœur parmi tous ces classiques canadiens qui auront une nouvelle vie. Ainsi, au micro, Valerie Creighton, présidente et chef de la direction du FMC, a souligné avoir une affection particulière pour le documentaire The Corporation, de Mark Achbar et Jennifer Abbott. Mais c’est sa mention du retour de la série d’aventures des années 1960 The Littlest Hobo, mettant en vedette un berger allemand vagabond, qui a généré le plus de «ooooh» émus dans l’assemblée. Celle de l’émission pour enfants Mr. Dressup a suivi de près.

Notons ici que les titres susmentionnés font partie des 300 vidéos tirés d’une centaine de films et séries télévisées qui sont d’ores et déjà disponibles pour visionnement gratuit. Plusieurs de ces titres, dont les droits ont été libérés, ont du reste été numérisés, encodés et rematricés par la boîte Deluxe Toronto.

Vice-président aux affaires publiques et aux relations avec l’industrie au FMC, Stéphane Cardin n’est pas peu fier du projet. Et, surtout, de son objectif patrimonial. Celui de «redonner au public les œuvres financées par le FMC et par Téléfilm Canada, payées par le contribuable, qui n’étaient plus du tout en exploitation commerciale». En souriant, il a ajouté qu’il se réjouit de voir les séries de sa jeunesse avoir une seconde vie. Comme, justement, La Petite Vie. Et le fameux Mr. Dressup, avec qui il a «appris à parler anglais».

Au sujet de la langue, Stéphane Cardin a d’ailleurs souligné qu’à l’instar de la répartition du financement qu’accorde chaque année le FMC aux contenus canadiens, l’objectif d’Encore+ est celui-ci : deux tiers anglophones et un tiers francophone.

(Aparté-curiosité : «Certains longs métrages francophones sont disponibles seulement dans leur version doublée en anglais et certaines productions anglophones le sont seulement dans leur version doublée en français.»)

Le vice-président ne s’en cache pas : le projet «Éléphant – Mémoire du cinéma québécois», lancé en 2008 par Québecor, a dès le départ été une grande source d’inspiration. «Dès le départ, c’était une référence.»

Et Encore+ pourrait le devenir lui aussi. «Chaque semaine, des dizaines de nouveaux titres ajoutés suivant un calendrier de programmation assez intensif», a confié Stéphane Cardin. Des partenariats avec des initiatives semblables, pas nécessairement en exclusivité sur YouTube, verront aussi, peut-être, qui sait, le jour. Et, avec le temps, les séries et les films seront éventuellement classés par catégories. Comédiens, réalisateurs, autres sections, etc.

Car l’intérêt pour le contenu d’ici est là, assure Nicole Bell, directrice des communications pour YouTube Canada. Ici, comme à l’étranger. «Habituellement, les créateurs de contenu ont 60 % de leurs auditeurs qui viennent de l’extérieur de leur pays. Au Canada, c’est 90 %.»

Quatre-vingt-dix pour cent des gens qui regardent des vidéos d’ici, tous contenus confondus, sur YouTube, viennent de l’étranger, donc. Un chiffre imposant qui a convaincu (entre autres choses) le FMC de faire affaire avec la plateforme de webdiffusion. «Plus le nombre de visionnements est grand, plus on donne de rémunération aux créateurs et ayants droit de ces différentes œuvres, constate Stéphane Cardin. Pour le rayonnement de notre culture, c’est très intéressant.»

Très intéressant aussi pour certains acteurs vétérans. Comme le Torontois Henry Czerny (pour les fidèles de Revenge : Conrad Grayson). Et pour la Torontoise Jennifer Dale, qui s’est réjouie, au lancement, de la présence sur la plateforme de Whale Music. Un film de Richard J. Lewis paru en 1994, dans lequel elle jouait aux côtés du «toujours sexy, uber sexy Paul Gross».

«C’est une chance merveilleuse pour nous, les artistes, je dirais… plus mûrs, d’être redécouverts par une plus jeune génération. C’est comme une poussée d’adrénaline créative. C’est revitalisant.» – Jennifer Dale, actrice

***

Lorsque Téléfilm Canada, un des principaux partenaires d’Encore+, l’a contacté pour lui proposer que Le vieil homme et la mer se retrouve sur la plateforme, le producteur Bernard Lajoie, lui, «s’est posé la question». Après tout, ce court métrage d’animation paru en 1999, qui a valu un Oscar à son réalisateur, Aleksandr Petrov, qui est sorti dans quelque 30 pays, dans près de 20 langues, avait été créé pour être «distribué dans les cinémas Imax». Et ce, «à une époque où les téléphones à clapet avaient la cote».

La question de M. Lajoie, alors : «Est-ce qu’on destine un film conçu pour être vu sur un écran de 7 étages à être désormais visionné sur un cellulaire?»

Il a fallu faire des tests. Après tout, ça faisait longtemps qu’il n’avait pas vu le court métrage. «Dix ou douze ans.»

Quand il a fini par le revoir, le producteur québécois a eu «un gros coup». «C’était super émotif.»

Le bijou d’animation, fait en peinture à l’huile sur verre, fait enfin partie d’Encore+. «Finalement, on s’est dit : pourquoi pas? C’est pour ça qu’on fait des films. Pour que les gens les voient.»

Et puis, sur chaque écran, l’œuvre «apporte quelque chose de différent». Dans la salle de cinéma Imax, c’est tout le côté artistique. «On voit pratiquement les empreintes digitales dans la peinture! s’exclame le producteur. C’est comme regarder un tableau dans un musée.»

Sur un téléphone, toutefois, c’est davantage le propos du Vieil homme et la mer qui ressort, croit-il. «Évidemment qu’on n’a pas le même nombre de détails. Mais sur le plan narratif, c’est tellement solide! Après tout, on s’appuie sur un Prix Nobel de la littérature!»

Il ajoute que dans cet «environnement qui bouge», il importe aux créateurs de trouver leur place. De s’adapter, de ne pas se braquer et, surtout, de viser la qualité, la qualité, la qualité. «Une production sensible, de niche, d’exception, va toujours trouver son public. Je n’ai aucun doute là-dessus.»

Encore+

Quelques titres déjà dispos

  • Next Floor, de Denis Villeneuve (court métrage)
  • Mr. Dressup (série pour enfant)
  • Délivrez-moi de Denis Chouinard (drame)
  • Maman Last Call de François Bouvier (comédie)
  • Catherine, épisode 1, 2, 3 (télésérie)

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