Phi/collaboration spéciale «J’imagine que plus j’aurai du succès, moins j’aurai l’option de cacher des choses», estime Allie X.

Vous avez peut-être entendu parler d’Allie X, cette énigmatique Torontoise qui, après avoir passé trois ans à composer des chansons dans sa chambre, a commencé à se faire remarquer par de grands noms de la pop. Ou peut-être n’avez-vous pas encore entendu parler d’elle… mais ça ne saurait tarder.

Dans tous les articles dédiés à Allie X, on trouve des mots tels «mystère», «biographie élusive», «flou», «date de naissance inconnue»… C’est que la musicienne reste volontairement évasive sur sa personne, préférant, comme elle le dit, «laisser son art parler à sa place». De toute façon, précise-t-elle, elle est encore en train «de se chercher». D’où le X à la fin de son nom: quand elle saura qui elle est, elle sera simplement Allie. «Mais tout ça, c’est un long processus…»

Lorsqu’on la rencontre au Centre Phi, dans le Vieux-Montréal, Alexandra Ashley Hughes porte les lunettes fumées rondes qu’elle affectionne, cachant ainsi son visage qu’elle ne dévoile que rarement, pour ainsi dire jamais. Ses cheveux sont remontés en chignon vertigineux, son rouge – très rouge – à lèvres est éclatant, et elle tient un gobelet géant de boisson chaude à la main. Son look de star contraste joliment avec sa voix douce et ses confidences presque chuchotées.

Les contrastes, d’ailleurs, font partie intégrante de l’œuvre de cette musicienne qui marie les mélodies électro-pop sucrées et accrocheuses aux paroles nettement, nettement plus sombres. Des pièces faites d’oppositions, comme Tumor ou Sanctuary, qui font déjà un tabac sur le web et qu’elle dévoilera «en live» pour la toute première fois ce soir sur la scène du Centre Phi. Un lieu où elle est en résidence depuis le 13 avril et où elle confie avoir trouvé «l’étendue nécessaire pour déployer ses chansons» nées dans l’étroitesse de sa chambre. «Mes créations avaient besoin d’une équipe et d’un espace comme ceux que j’ai trouvés ici. Elles les exigeaient même, dit-elle de sa voix tamisée. Ensemble, nous avons pu créer ce spectacle, cette expérience qui, je l’espère, sort des sentiers battus.»

Le terme «expérience» revient souvent au cours de notre discussion. La musicienne l’utilise pour parler autant de son concert-concept que de son premier album, CollXtion 1, volet initial d’une série qui en comptera «probablement cinq» et qu’elle qualifie aussi par ce terme. Expérience. Pourquoi? «C’est dur à expliquer, répond-elle après un moment de flottement. Pour une raison que je ne saisis pas, la musique à elle seule ne me suffit pas pour exprimer toutes les émotions que j’ai en moi. Ça me prend également des éléments qu’on peut voir. Goûter. Sentir.»

«J’aime avoir de l’attention. Et j’aime avoir la chance d’expliquer ce que j’essaye de communiquer dans mes compositions. Mais, honnêtement… je n’ai même pas besoin de le faire tant que ça! Depuis que j’ai lancé ma chanson Catch, je suis vraiment étonnée de constater à quel point les gens écoutent les paroles!» – Allie X

Se sentir étrange, prise dans un tourbillon, ce sont aussi des éléments-clés de l’univers d’Allie X. Comme dans ses vidéos, où on la voit souvent tourner sur elle-même, telle une figurine de boîte à musique. «Quand j’étais petite, je pirouettais en fixant mes mains, jusqu’à ce que je sois complètement étourdie et que je tombe par terre, remarque-t-elle à ce sujet. J’adorais cette impression d’être immobile tandis que le monde tournait enfin autour de moi dans le bon sens. Le sens dans lequel je voulais qu’il tourne! Mais ça ne durait que 30 secondes, et il fallait que je recommence…»

Aujourd’hui, quand elle souhaite se sentir mieux, la jeune femme compose des chansons. Dans lesquelles elle parle, du reste, de médecins, de pilules, de seringues. De cette relation qui la «passionne tant», à savoir, celle qui lie «un patient à son docteur». Et dont elle a fait un point central de ses textes. Sans même s’en rendre compte, assure-t-elle. «Ce n’est pas délibéré! Ce sont les mots qui sortent spontanément! Mais c’est vrai que je trouve le lien qui nous unit à notre médecin extrêmement intéressant. Un docteur nous voit dans toute notre vulnérabilité. Et il nous analyse. Ça me fascine.»

Cette relation n’est-elle pas semblable à celle qui lie un artiste à son public? Public qui voit également l’artiste dans toute sa vulnérabilité, qui analyse son œuvre. «C’est vrai…» laisse-t-elle planer. Et pour planer, ça oui, la jeune créatrice plane. Du bonheur de voir ses pièces attirer l’attention, être écoutées. Attentivement. Ce qui n’a pas toujours été le cas. Lorsqu’elle a déménagé à Los Angeles, par exemple, lieu où se tailler une place est d’une complexité absolue, elle raconte avoir été snobée, pfff, par des artistes qui ne voulaient absolument rien savoir d’une quelconque possibilité de collaboration. Jusqu’à ce jour où une certaine Katy Perry a lancé tout bonnement sur Twitter qu’elle aimait follement une certaine chanson d’une certaine Allie X. Soudain, l’intérêt d’une multitude de gens s’est éveillé. Tiens, tiens… A-t-elle éprouvé alors un léger sentiment de pouvoir? De douce revanche? De «Ha!»? Allie sourit en coin. «La route d’un artiste est si précaire – tout comme l’est d’ailleurs l’industrie de la musique en général – que, même lorsque des événements comme ceux-ci surviennent, on ne peut pas réagir avec vanité. Mais on peut prendre un moment pour savourer…» Elle s’interrompt. Sourit encore. «J’ai vu des gens rouler des yeux quand je leur parlais de musique. Me dire: “Tu ne connais rien là-dedans.” J’ai donc appris à réaliser des chansons. À faire mes propres arrangements. À donner corps, dans le monde réel, aux sons que j’entendais dans ma tête. Plus personne ne peut lever les yeux au ciel.» Juste les écarquiller, maintenant?

Allie X
Centre Phi
En concert ce soir à 20h
Xpérience en ligne: 48halliex.com

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